Après la tribune de Jean-Marie Nol, Claude Gelbras appelle à créer une zone franche globale aux Antilles
Cette contribution réagit à la tribune de Jean-Marie Nol intitulée « Défaillances d’entreprises dans les DOM : une hausse de 45 % en Martinique au deuxième trimestre 2026 », publiée sur Antilla.
Réagissant à la tribune de Jean-Marie Nol consacrée à la forte progression des défaillances d’entreprises dans les départements d’outre-mer, et notamment en Martinique, Claude Gelbras estime que la gravité de la situation impose désormais des mesures d’urgence. L’expert propose la création d’une zone franche globale aux Antilles, sur le modèle du dispositif instauré en Corse dans les années 1990 et, plus récemment, à Mayotte.
La situation décrite par Jean-Marie Nol dans sa tribune est catastrophique. Face à une telle crise, la question doit être posée clairement :
« Que proposons-nous pour éviter l’effondrement progressif de notre économie ?
La Martinique est confrontée à la multiplication des défaillances d’entreprises, à l’affaiblissement de son tissu productif et au départ continu de sa jeunesse. Plusieurs milliers de jeunes quittent chaque année le territoire pour poursuivre leurs études ou rechercher ailleurs les perspectives professionnelles qu’ils ne trouvent plus sur place.
Cette situation rappelle, dans un contexte différent, celle qu’a connue la Corse en 1996 et 1997. À l’époque, l’économie de l’île avait été profondément affectée par les attentats, les « nuits bleues » et un climat général qui décourageait l’investissement et fragilisait les entreprises.
Face à cette situation exceptionnelle, le gouvernement d’Alain Juppé avait adopté une réponse exceptionnelle. Jean-Claude Gaudin, alors ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ville et de l’Intégration, avait porté la création d’une zone franche couvrant l’ensemble de la Corse.
La loi du 26 décembre 1996 avait permis la mise en place d’exonérations fiscales et sociales destinées à soutenir les entreprises, préserver l’emploi et favoriser la reprise économique.
C’est précisément ce type de réponse qu’il faudrait aujourd’hui envisager pour les Antilles.
Une mesure déjà retenue pour Mayotte
Le principe d’une zone franche globale n’est ni irréaliste ni dépassé. Un dispositif de cette nature a également été prévu à Mayotte afin d’accompagner la reconstruction du territoire et de relancer son économie après les crises successives qui l’ont frappé.
Pourquoi ce qui a été considéré comme nécessaire pour la Corse ou pour Mayotte ne pourrait-il pas être envisagé pour la Martinique et la Guadeloupe ?
Nos territoires cumulent pourtant de nombreux handicaps structurels : insularité, éloignement, coût élevé du transport et de l’énergie, étroitesse du marché, difficultés de financement, faiblesse de la production locale et départ des jeunes actifs.
À ces difficultés anciennes s’ajoutent désormais une augmentation inquiétante des procédures collectives et une fragilisation croissante des très petites entreprises, qui constituent l’essentiel de notre tissu économique.
Sortir des constats et agir
De grâce, arrêtons de gloser, de disserter et de spéculer sans fin sur les causes de la crise. Les analyses sont nécessaires, mais elles ne peuvent plus tenir lieu de politique économique.
Quand une personne est au bord de l’asphyxie, on ne commence pas par organiser un colloque sur les différentes manières de respirer. On l’emmène aux urgences et on lui apporte immédiatement de l’oxygène.
Aujourd’hui, nos entreprises ont besoin de cet oxygène.
La création d’une zone franche globale pourrait permettre d’alléger temporairement les charges fiscales et sociales des entreprises, de préserver les emplois existants, d’encourager les investissements et de redonner de l’attractivité aux territoires antillais.
Ce dispositif devrait naturellement être encadré, limité dans le temps et conditionné à des engagements précis en matière d’emploi, d’investissement productif et d’implantation durable sur le territoire.
Mais l’urgence commande d’ouvrir ce chantier immédiatement.
Pour la Martinique et les Antilles, les urgences économiques ont désormais un nom : la zone franche globale.
Claude Gelbras
Expert





