À la suite de la tribune de José Mirande appelant à ouvrir le débat sur un pacte fiscal martiniquais, Mme Pierre-Louis invite à déplacer le regard. Sans nier la nécessité pour la Martinique de disposer d’une compétence fiscale, elle estime que la crise actuelle trouve d’abord son origine dans le recul de l’engagement budgétaire de l’État et dans certains choix de politiques publiques locales.
L’émission Fôk Kozé, qui réunit réunit Mireille Pierre-Louis, spécialiste des finances locales, Michel Branchi, économiste, Jean-Louis Fonsat, historien, et José Mirande, maire du Marin, consacrée à l’octroi de mer en Martinique, est rediffusée ce vendredi 17 juillet sur YouTube. (voir en bas de page)
« L’intelligence est la principale ressource de la Martinique »,
affirme Mme Pierre-Louis. Mais, selon elle, la réflexion sur un nouveau modèle fiscal ne peut suffire à répondre à une crise dont les causes seraient avant tout politiques et budgétaires.
Elle considère que le débat prioritaire doit porter sur les conséquences du désengagement financier de l’État aux Antilles au cours des quinze dernières années. Ce recul aurait, selon son estimation, privé chaque année la Martinique d’au moins un milliard d’euros par rapport à l’évolution des dépenses publiques observée à l’échelle nationale.
Dans ce contexte, la fiscalité constitue un enjeu majeur, mais elle ne peut être présentée comme le principal levier de sortie de crise. « La fiscalité n’a pas vocation à compenser le désengagement budgétaire de l’État », souligne-t-elle. Elle estime néanmoins urgent que la Martinique dispose d’une véritable compétence fiscale lui permettant d’adapter ses ressources et ses choix aux réalités du territoire.
Mme Pierre-Louis appelle également à examiner les conséquences des projets de réforme de l’octroi de mer. Elle dénonce une campagne tendant à présenter cette taxe comme l’une des principales causes de la vie chère et des difficultés économiques de la Martinique. Elle salue, sur ce point, l’approche nuancée de José Mirande, qui ne réduit pas les problèmes économiques du territoire à ce seul dispositif.
La question des transports illustre, selon elle, les limites d’une réponse essentiellement fiscale. Le problème ne résiderait pas seulement dans le financement du réseau, mais dans le modèle de transport choisi et assumé par les responsables politiques. La substitution progressive des taxis collectifs par un système public nécessitant d’importantes dépenses d’investissement et de fonctionnement constitue, à ses yeux, un choix qui mérite d’être évalué.
Elle considère que cette politique mobilise des marges budgétaires qui manquent aujourd’hui pour répondre aux besoins sociaux des Martiniquais les plus fragiles. Ces derniers seraient ainsi doublement pénalisés, par les difficultés de déplacement et par la réduction des moyens disponibles pour d’autres politiques de solidarité.
Pour Mme Pierre-Louis, l’ouverture d’un débat fiscal est donc nécessaire, mais elle ne doit pas occulter la question centrale de la responsabilité budgétaire de l’État ni dispenser d’une évaluation rigoureuse des politiques publiques conduites en Martinique.
« Un outil fiscal ne réglera jamais, à lui seul, un problème politique et budgétaire. »





