Du 16 au 18 juin 2026, un symposium inédit réunit chercheurs, gestionnaires d’aires protégées et étudiants. L’événement aborde les vertébrés terrestres envahissants dans la Caraïbe insulaire. Nos îles ne peuvent plus ignorer cette urgence scientifique et environnementale.
Un archipel vulnérable aux espèces invasives
La Caraïbe figure parmi les grands hotspots mondiaux de biodiversité. Cependant, cette richesse révèle aussi une fragilité majeure. La région est l’une des plus vulnérables aux invasions biologiques au monde. Les vertébrés terrestres exotiques représentent une menace majeure pour les écosystèmes insulaires.
Les impacts sont multiples : écologiques, sanitaires et socio-économiques. Toutefois, ces impacts restent insuffisamment documentés à l’échelle régionale. En d’autres termes, la science accuse du retard face à l’urgence du terrain.
Les îles concentrent naturellement cette vulnérabilité. Un long isolement évolutif crée des conditions particulières. Les forts taux d’endémisme renforcent cette fragilité. L’absence de certains groupes biologiques rend les faunes et les flores démunies face aux intrus.
Les espèces indigènes n’ont pas eu le temps de développer des défenses. Les prédateurs comme les rats, les chats ou les mangoustes les menacent directement. Les compétiteurs venus des continents constituent une autre menace. Une fois une espèce invasive installée, l’attaque devient souvent irréversible.
En Martinique : urgence pour l’iguane des Petites Antilles
Nul n’a besoin d’aller loin pour mesurer les dégâts locaux. L’iguane rayé (Iguana iguana) s’est imposé comme l’une des espèces invasives les plus problématiques. Cet animal originaire d’Amérique centrale et du Sud a été introduit dans les années 1950.
Aujourd’hui, il menace directement la survie de l’iguane des Petites Antilles. Cette espèce indigène (Iguana delicatissima) bénéficie d’une protection légale. Malheureusement, les deux espèces s’hybrident. Ce phénomène accélère la disparition du patrimoine génétique local.
L’iguane rayé constitue ainsi la principale menace à long terme pour l’iguane péyi. La capture des iguanes communs s’impose comme une réponse urgente.
Par ailleurs, les impacts dépassent largement la biodiversité. En creusant des terriers, cet animal provoque des fissures de routes. Il détériore aussi les réseaux électriques. Les dégâts dans les jardins et potagers s’accumulent.
Plus grave encore : il transporte des salmonelles et des bactéries. Ces pathogènes peuvent être transmis à l’homme lors d’intrusions dans les habitations. Pour répondre à cette pression, la DEAL Martinique anime le Plan de Lutte contre l’Iguane Commun (PLIC). L’Office Français de la Biodiversité s’associe à cette démarche.
Symposium 2026 : combler le retard scientifique sur les espèces invasives
C’est dans ce contexte que le symposium de juin 2026 prend tout son sens. L’événement réunit chercheurs, gestionnaires d’aires protégées et acteurs de la conservation. Des étudiants et experts régionaux participent à un programme dense.
Au menu figurent les impacts écologiques des espèces invasives. Les méthodes de suivi et de détection seront abordées. Les stratégies de gestion et d’éradication constituent un axe majeur. Des retours d’expérience viendront des différentes îles de la Caraïbe.
Les participants sont invités à soumettre des communications orales ou des posters. L’événement se tient intégralement en anglais. Cette dimension souligne la portée régionale et plurinationale de l’initiative.
En outre, cet atelier de formation renforce les capacités locales et régionales. Le suivi des espèces envahissantes s’améliore grâce à cette coopération. La collaboration scientifique et technique se consolide entre les territoires.
Le déficit de données demeure patent. De nouvelles espèces de reptiles exotiques ont été signalées dans plusieurs pays. La science ne dispose pas encore des outils pour anticiper leur expansion.
Le projet MERCI : une coopération régionale concrète
Le symposium s’inscrit dans une dynamique collective plus large. Le projet MERCI mobilise plusieurs partenaires aux Petites Antilles. Guadeloupe, Martinique, Sainte-Lucie et Dominique collaborent activement.
MERCI signifie « Maîtrise des Espèces de Reptiles exotiques de la Caraïbe Insulaire ». Le programme INTERREG Caraïbes cofinance cette initiative. Le Fonds Européen de Développement Régional soutient aussi ces travaux.
Le projet MERCI a étudié quatre groupes d’espèces cibles : geckos, lézards anoles, tortues d’eau douce et iguanes. Sur le terrain, des outils pratiques ont été développés. Une application mobile permet d’identifier les espèces à risque.
Les agents des services forestiers locaux ont reçu une formation adaptée. L’Université des Antilles apporte son expertise. Le Muséum National d’Histoire Naturelle y contribue aussi. L’Office Français de la Biodiversité complète ce partenariat scientifique.
Cependant, ces avancées restent insuffisantes face à l’ampleur du défi. Les espèces invasives continuent de se propager. Une intensification des efforts s’impose.
Le coût mondial des espèces invasives : un appel à l’action
L’enjeu dépasse largement le seul cadre environnemental. Il est aussi économique et sanitaire. Des scientifiques du CNRS, de l’IRD et du Muséum d’Histoire Naturelle ont chiffré l’impact.
Entre 1970 et 2017, les espèces invasives ont coûté 1 300 milliards de dollars. Ce montant surpasse les dégâts des séismes. Il dépasse aussi les coûts des inondations sur la même période.
Dans les territoires d’outre-mer français, le constat est particulièrement saisissant. Ils concentrent 74 % des espèces exotiques envahissantes du territoire national. Cette proportion s’explique par la richesse écologique et l’isolement géographique.
La prévention permettrait d’économiser le coût de la lutte une fois installées. Mais elle exige une science solide. C’est précisément ce que la coopération scientifique régionale entend construire lors du symposium de juin 2026.





