Depuis plusieurs années, les entreprises martiniquaises évoquent régulièrement les mêmes difficultés : manque de candidats, pénurie de profils qualifiés, difficultés à fidéliser les salariés ou à recruter durablement. Mais derrière ces constats désormais bien connus, une autre question commence progressivement à émerger sur le territoire : et si le problème ne venait pas uniquement du manque de compétences disponibles ?
Organisée le 5 mai dernier au Lamentin, la « Résidence managériale » portée par France Travail Martinique, plusieurs acteurs du Réseau pour l’emploi et des partenaires privés a précisément tenté d’ouvrir ce débat. L’objectif affiché dépassait le simple cadre du recrutement. Il s’agissait cette fois d’interroger les pratiques de management, les représentations du travail et la manière dont les organisations mobilisent les ressources humaines locales.
Au cœur de la démarche, une idée revient : sortir d’une approche centrée uniquement sur les difficultés de recrutement pour réfléchir davantage à la manière dont les entreprises identifient, intègrent et valorisent les ressources disponibles sur le territoire.
Repenser le recrutement au-delà de la seule question des compétences
La réflexion intervient dans un contexte de tensions persistantes sur le marché du travail martiniquais. Malgré des milliers de projets d’embauche recensés chaque année, de nombreuses entreprises continuent de rencontrer des difficultés pour recruter durablement.
Pour les organisateurs de cette résidence, la réponse ne peut plus reposer uniquement sur la création de nouveaux dispositifs administratifs ou sur la seule question de la formation. Le sujet touche aussi aux pratiques managériales, aux relations de travail et à la capacité des organisations à faire évoluer leurs méthodes d’intégration et d’accompagnement.
Autrement dit, le recrutement ne dépendrait pas uniquement du niveau de qualification des candidats. La manière d’accueillir, d’accompagner et d’intégrer les salariés peut également jouer un rôle dans les difficultés rencontrées par certaines organisations.
Sortir d’une logique de pénurie
L’un des concepts centraux portés par cette initiative repose sur un changement de regard concernant le marché du travail martiniquais.
Plutôt que de concentrer le débat sur la “pénurie de profils”, les participants ont été invités à réfléchir à la notion de “ressources territoriales”. L’idée ? des compétences existent localement, mais restent parfois insuffisamment identifiées ou mobilisées.
La résidence managériale a ainsi réuni des managers issus du public, du privé et du secteur de l’emploi afin d’échanger sur leurs expériences de terrain et sur les difficultés concrètes rencontrées dans les entreprises. France Travail et le Groupe CréO assurent le co-portage du projet, aux côtés de partenaires comme le Medef, Contact Entreprises, l’ANDRH ou encore plusieurs chambres consulaires.
Quand le management devient aussi une question culturelle
L’un des aspects les plus originaux de cette initiative réside dans l’introduction d’une réflexion sociologique autour du management en Martinique.
Les sociologues Franck Garin et Malik Durandy ont notamment animé des échanges autour de l’influence des héritages culturels et historiques dans les pratiques managériales locales.
Le sujet ouvre des questionnements rarement abordés publiquement dans les débats économiques locaux : comment les héritages historiques ou certaines représentations sociales influencent-ils les relations de travail sur le territoire ? Les pratiques managériales sont-elles toujours adaptées aux réalités locales et aux attentes des salariés ?
Sans chercher à apporter de réponses définitives, la résidence visait justement à ouvrir cet espace de réflexion entre acteurs économiques, managers et spécialistes des dynamiques sociales.
Un enjeu qui dépasse les seules ressources humaines
Au-delà du management, cette initiative révèle aussi une évolution plus large des problématiques économiques martiniquaises.
Le sujet touche à la capacité du territoire à conserver ses compétences, à intégrer sa jeunesse dans le monde du travail et à renforcer la coopération entre acteurs publics et privés. Il interroge également la manière dont les organisations locales s’adaptent aux transformations démographiques, sociales et économiques de l’île.
La philosophie défendue lors de cette résidence reposait sur une idée simple : agir concrètement sur les pratiques de terrain plutôt que multiplier les réflexions théoriques. L’objectif affiché consiste désormais à faire émerger des méthodes de management et d’intégration plus adaptées aux réalités locales.
Dans une Martinique confrontée à des tensions persistantes sur l’emploi, cette réflexion illustre une évolution plus large du débat sur le recrutement : au-delà des compétences disponibles, certaines organisations commencent aussi à interroger leurs propres pratiques de management et d’intégration.




