Nous publions ici un texte de Max Pied, issus de la Newsletter de La Martinique Ensemble, « Nouvelles politiques » du 5 avril. Un texte qui nous semble pleinement cohérent.
Philippe Pied
Face à la grève qui paralyse les transports dans le centre, les solutions fusent : déployer les forces de l’ordre, imposer un service minimum, céder aux revendications salariales. Trancher dans le vif. rétablir la circulation coute que coûte. Mais cette fermeté affichée ne résiste guère à la cohérence. Les mêmes voix qui réclament une intervention muslée seraient les premières à en dénoncer les conséquences – dérive autoritaire, atteinte au droit de grève, fuite en avant budgétaire. Chaque solution devient aussitôt son propre procès.
Ce paradoxe dit quelque chose de profond sur notre rapport au débat public.
Nous exigeons des décisions fortes, mais refusons d’en assumer le prix. Nous appelons à l’autorité, tout en redoutant son exercice. Le politique est alors sommé de résoudre une équation impossible: agir sans heurter, trancher sans diviser. Et lorsqu’il échoue — ce qui est inévitable — il devient la cible de notre frustration collective.
Il serait peut-être temps d’admettre que toute position claire implique des concessions. Défendre le droit de grève, c’est accepter qu’il dérange. Exiger la continuité du service, c’est reconnaître qu’elle suppose des contraintes comme payer son titre de transport. Refuser l’augmentation des dépenses, c’est en assumer les conséquences sur l’offre de transport. À défaut de ces choix, nous continuerons à dénoncer et à exiger sans jamais trancher. Le courage politique commence peut-être par une exigence plus simple, mais plus rare: celle de la cohérence – ou, comme on dit désormais, celle de « faire peuple ».
MAX PIED






