À la suite de l’article de Catherine Jean-Baptiste consacré au financement des infrastructures coloniales, Philippe Villard apporte plusieurs précisions historiques sur la fontaine Gueydon. Il rappelle la fonction stratégique de cet ouvrage, mais aussi les conditions particulières dans lesquelles il fut réalisé.
Le commentaire de Catherine Jean-Baptiste mérite d’être prolongé par quelques précisions concernant la fontaine Gueydon, inaugurée à Fort-de-France en 1856.
À cette époque, Fort-de-France est certes la capitale militaire et administrative de la colonie, mais elle ne compte encore qu’environ 13 000 habitants. La ville n’a pas encore connu le développement démographique qui suivra la destruction de Saint-Pierre en 1902.
L’ouvrage construit sous le gouvernorat de l’amiral Gueydon répondait notamment aux besoins stratégiques de la Marine et des administrations. Il devait permettre d’alimenter l’aiguade de la Marine, c’est-à-dire le point où les bâtiments militaires venaient s’approvisionner en eau douce. Il devint également un élément essentiel de l’alimentation en eau potable de la population foyalaise.
Mais les conditions de sa construction sont tout aussi importantes que sa destination. Le canal, le réservoir et la fontaine furent réalisés grâce à des détachements militaires, à la compagnie des sapeurs-mineurs et à des détenus de l’atelier de discipline.
Parmi ces détenus se trouvaient notamment des personnes condamnées pour ne pas avoir acquitté l’impôt personnel. Les amendes impayées pouvaient en effet être converties en journées de travail forcé consacrées aux travaux publics.
Cet exemple permet donc d’élargir la question posée par Catherine Jean-Baptiste. Pour déterminer qui finançait réellement les infrastructures coloniales, il ne suffit pas d’examiner l’origine administrative des crédits. Il faut également identifier ceux qui payaient les impôts, ceux qui fournissaient leur travail et ceux à qui ces équipements étaient prioritairement destinés.
L’apparente faiblesse du coût de certaines réalisations coloniales ne peut ainsi être comprise sans tenir compte du recours à une main-d’œuvre contrainte ou très faiblement rémunérée.
Cette précision ne contredit pas l’analyse de Catherine Jean-Baptiste. Elle la complète en montrant que le financement des infrastructures coloniales reposait aussi sur des contributions locales et sur le travail imposé à une partie de la population.
Philippe Villard





