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    Home » LE DÉBAT SE POURSUIT. Incendies de Gironde : qui prend réellement les décisions en situation de crise ?
    Tribunes

    LE DÉBAT SE POURSUIT. Incendies de Gironde : qui prend réellement les décisions en situation de crise ?

    août 6, 2026Mise à jouraoût 6, 2026Aucun commentaire
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    Dans un nouveau texte, Gérard Dorwling-Carter souligne le rôle déterminant des acteurs locaux lors des catastrophes, estimant que leur connaissance du territoire leur permet de prendre les décisions décisives. JBV, une personne impliquée dans la gestion de crise, nuance fortement cette présentation. Selon elle, l’efficacité du terrain est indispensable, mais elle s’inscrit dans une organisation structurée, placée sous l’autorité du maire, puis du préfet lorsque la crise dépasse les capacités locales.

    « Lorsqu’une catastrophe survient, l’État est indispensable. Il coordonne, mobilise les moyens nationaux, garantit la solidarité. Mais ce sont les femmes et les hommes du terrain qui prennent les décisions décisives. »

    Cette affirmation de Gérard Dorwling-Carter fait réagir JBV (qui souhaite garder l’anonymat), une personne directement impliquée dans les questions de gestion de crise.

    Elle ne conteste pas l’idée générale défendue par l’auteur, celle d’une plus grande autonomie de décision au niveau local. Elle considère cependant que l’exemple des incendies de Gironde de 2022 ne peut être utilisé pour démontrer que les décisions essentielles auraient été prises uniquement par les acteurs présents sur le terrain.

    Une organisation placée sous une autorité clairement identifiée

    Lorsqu’un sinistre se déclare, le service départemental d’incendie et de secours engage immédiatement les moyens nécessaires. Sur le terrain, un commandant des opérations de secours, le COS, organise et commande l’action des équipes d’intervention.

    À l’échelle communale, le maire est normalement le directeur des opérations de secours. Mais lorsque la gravité ou l’étendue de l’événement dépasse les capacités de la commune, le préfet peut prendre la direction des opérations, activer le centre opérationnel départemental, le COD, et demander des moyens supplémentaires. L’échelon zonal, à travers le centre opérationnel de zone, le COZ, coordonne quant à lui les renforts provenant d’autres départements ou services.

    Le dispositif ORSEC constitue précisément l’outil opérationnel du préfet. Il organise la mobilisation, la coordination et la répartition des missions entre les services de l’État, les collectivités, les secours, les associations et les acteurs privés concernés.

    En Gironde, le COD et le COZ ont été activés

    Lors des incendies qui se sont déclarés en Gironde en juillet 2022, le COD et le COZ ont été activés dès les premières heures afin de coordonner les opérations de secours. La préfecture indiquait officiellement, dès le 13 juillet, que ces deux centres opérationnels assuraient la coordination des moyens engagés.

    Face à l’ampleur exceptionnelle des incendies, le COD a ensuite fonctionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant plus de dix jours. Il réunissait notamment les services préfectoraux, le SDIS, la police, la gendarmerie, l’armée, l’Agence régionale de santé, la Croix-Rouge, le conseil départemental, Enedis et des spécialistes de la cartographie.

    À mesure que la crise prenait de l’ampleur, des milliers de sapeurs-pompiers venus de plusieurs départements, des moyens aériens nationaux, des militaires, puis des renforts européens ont été mobilisés. Cette montée en puissance ne pouvait être décidée et organisée par les seuls responsables présents au plus près des flammes.

    Le terrain informe, conseille et intervient

    JBV ne minimise pas pour autant le rôle des acteurs locaux.

    Les sapeurs-pompiers, les maires, les agriculteurs, les forestiers, les entreprises de travaux publics et les bénévoles connaissent les routes, les reliefs, les points d’eau, les habitations isolées et les caractéristiques des massifs forestiers. En Gironde, les agriculteurs, les forestiers et les bénévoles ont notamment participé à la surveillance des massifs, au traitement des lisières et à la réalisation de travaux de génie civil indispensables à la lutte contre les incendies.

    Les élus locaux ont également organisé l’accueil des populations évacuées, l’hébergement des pompiers et la protection des habitations. Leur expérience et leurs informations ont donc directement contribué à l’efficacité de la réponse.

    Mais, souligne JBV, il convient de distinguer trois niveaux : la connaissance du territoire, le commandement opérationnel sur le terrain et la direction stratégique de la crise.

    Les informations remontent du terrain vers les centres de commandement. Le COS dirige les interventions de secours sur place, tandis que le directeur des opérations de secours, maire ou préfet selon l’ampleur de l’événement, fixe les grandes orientations et coordonne l’ensemble des services.

    Une chaîne qui peut remonter jusqu’au niveau national

    Lorsqu’une crise prend une dimension exceptionnelle, la coordination peut également être portée au niveau national.

    Le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises analyse en permanence les informations transmises par les territoires, prépare les décisions des autorités et organise la réponse opérationnelle nationale.

    Une cellule interministérielle de crise peut aussi être activée. Installée au ministère de l’Intérieur, elle permet au Premier ministre et au gouvernement d’assurer le pilotage politique et stratégique d’une crise majeure, notamment pour répartir les moyens nationaux, coordonner les ministères et procéder aux arbitrages nécessaires.

    Ne pas confondre connaissance locale et pouvoir de décision

    Pour JBV, présenter les incendies de Gironde comme la démonstration que les décisions déterminantes auraient été prises par les seuls acteurs du terrain revient donc à simplifier excessivement le fonctionnement réel de la sécurité civile.

    Les femmes et les hommes engagés au plus près de la catastrophe sont indispensables. Ils observent, alertent, conseillent, proposent et mettent en œuvre les opérations. Mais lorsque la crise dépasse les moyens habituels, la stratégie générale, la mobilisation des renforts et les arbitrages relèvent d’une chaîne de commandement organisée, du maire au préfet, puis, si nécessaire, jusqu’au gouvernement.

    Le véritable débat ne porte donc pas sur l’utilité de la connaissance locale, qui ne peut être contestée. Il porte sur l’articulation entre cette expertise du terrain et les moyens humains, matériels et décisionnels que seule une coordination départementale, zonale ou nationale permet de mobiliser.

    JBV, une personne impliquée dans la gestion de crise


    En résumé 

            Schéma de mobilisation d’un plan ORSEC (Organisation de la Réponse de SEcurité Civile) :
    1. Niveau local (départ du feu)
      • Alerte → SDIS engage les moyens
      • Le COS (commandant des opérations de secours) dirige sur le terrain
      • Si ça dépasse le cadre courant → information du préfet
    2. Niveau départemental (ORSEC activé)
      • Le préfet déclenche ORSEC
      • Activation du COD (centre opérationnel départemental)
      • Coordination interservices (pompiers, gendarmerie, santé, élus…)
      • Le préfet fixe la stratégie, le COS exécute
    3. Renfort zonal / national (si crise majeure)
      • Appui de la zone de défense (préfet de zone)
      • Envoi de renforts nationaux (colonnes de feux de forêt, sécurité civile…)
    4. Niveau interministériel (crise exceptionnelle comme en Gironde)
      • Activation d’une cellule interministérielle de crise (CIC) à Paris
      • Pilotage global par le gouvernement (souvent via le ministère de l’Intérieur)
      • Arbitrages stratégiques (priorités nationales, moyens massifs, communication)

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