L’impact de la décision de justice de la Cour de Karlsherue

L’impact de la décision de justice de la Cour de Karlsherue

Il semble que l’on n’a pas bien compris l’importance et la gravité de la récente décision de la Cour suprême allemande qui a indiqué vouloir contrôler de manière stricte le rachat des dettes par la Banque Centrale Européenne (BCE).

Cette prise de position a potentiellement des conséquences très lourdes car en mettant un terme à notre possibilité de financer à bon marché nos déficits par la Banque Centrale comme le font le Japon ou les USA, elle conduit, dans un contexte d’inflation par les coûts, à une une inévitable hausse des taux d’intérêts.

Dans ces conditions l’Allemagne plus vertueuse continuerait d’emprunter à 0%, mais la France et d’autres pays passeraient à 3 où 4% ce qui serait rapidement absolument intenable avec une dette de 120%du PIB.

Par ailleurs, comment résisterait le système bancaire dont les bilans sont gavés de prêts à taux très bas et à très long terme ?
Sous la pression de son opinion publique, l’Allemagne refuse d’être garante des dettes croissantes de tous les pays européens jugés trop laxistes.

A terme, il n’y a que deux solutions : l’Allemagne et quelques compères quittent l’euro ou imposent la rigueur à tous.
Cette limitation au recours à la BCE nous oblige à nous poser des questions de fond sur la réalité de la situation de notre pays: nous avons bénéficié de l’effet déflationniste de l’industrialisation de la Chine et du tiers monde et notre niveau de vie en a bénéficié, mais nous n’avons pas su adapter notre appareil économique à cette transformation et nous nous sommes résignés à condamner au chômage une bonne partie de notre population.

Nos coûts de production (grosso modo reflétés et par la part de l’Etat dans le PIB) sont environ de 10% supérieurs à ceux de nos concurrents européens. Et nous n’avons plus la facilité d’ajuster cela par une dévaluation.

Avec la crise actuelle, les ruptures de nombreuses chaînes traditionnelles en produits et en main d’œuvre se traduisent par des poussées inflationnistes sectorielles préoccupantes. Le prix des fruits et légumes, par exemple, explose parce que nous n’avons pas la main d’œuvre pour les récoltes en cours. L’appel aux chômeurs ayant été un cuisant échec, on va faire appel d’urgence à des travailleurs étrangers !…

Le surcoût des mesures de protections imposées aux activités de BTP et industrielles vont se traduire par une hausse des prix ou des faillites en série.
Les futures orientations de relance verte représentent un surcoût économique considérable, impossible à financer, qui accélérera la hausse des prix par les coûts, parce que le prix de revient des énergies vertes est incompatible avec les règles économiques d’un monde ouvert, c’est à dire soumis à la concurrence.

L’abondance d’argent bon marché a permis jusqu’ici de financer le « traitement social » de toutes ces démissions par l’emprunt, mais cette facilité menace de se terminer brutalement, d’autant que le séisme du Coronavirus multiplie les déficits en créant des besoins financiers colossaux pour l’avenir.

Que faire dans ces conditions ?

Nos dirigeants se trouvent maintenant face à de nombreux dilemmes :

– Les rapatriements de production sont souhaitables mais vont entraîner une hausse des prix par les coûts.

– La reprise d’une partie des avantages sociaux déraisonnables accordés sans contrepartie par les différents gouvernements depuis 20 ans est indispensable, mais peut-elle être acceptée par la population ?

– Une augmentation de la TVA pour prendre en charge une part des charges sociales patronales (comme le prévoyait le programme Fillon) serait très efficace mais qui va oser faire cela aujourd’hui ? (La TVA touche également les produits importés ce qui contribue à rééquilibrer les termes de l’échange).

– On peut trembler sur les futures orientations de relance verte. Comment se concentrer sur ce qui est efficace écologiquement et compatible avec notre situation économique ? Qui va oser abandonner les idées fausses, incohérentes ou ruineuses ?

L’incompétence, le conformisme, la servilité et le manque de courage empêchent nos élites de regarder en face les problèmes de la France.

Aujourd’hui, le coup de tonnerre créé par la réaction de la cour de justice de Karlsruhe nous met en face de nos incohérences et il n’y a que deux issues imaginables :

– soit l’éclatement de l’euro (et de l’Europe ?)

– soit l’acceptation des règles d’orthodoxie économique par tous les pays faibles (dont la France) avec le coût social difficile qu’elles impliquent …

Il faudrait un gouvernement courageux et crédible pour faire comprendre cette situation et ses conséquences à nos concitoyens. La gestion de la crise des gilets jaunes avait déjà créé un profond malaise. Celle du Coronavirus a montré le manque de franchise et de courage de nos gouvernants et a encore affaibli leur crédibilité à un point angoissant… Même si les manœuvres allemandes actuelles n’étaient qu’une répétition, le problème se posera inévitablement, tôt ou tard.
Jean-François Hénin


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