Nous publions ce texte de Max Pied, repéré sur sa page Facebook, car il invite à remettre certains discours sur la situation martiniquaise en perspective.
Sans nier la pauvreté ni les difficultés bien réelles d’une partie de la population, il appelle à employer les mots avec justesse et à regarder aussi la place particulière qu’occupe la Martinique dans son environnement caribéen.
Philippe Pied
Lorsque nous parlons de « misère » en Martinique, nous devrions parfois jeter un voile pudique sur notre sort, au regard de celui de certains de nos frères caribéens.
Oui, il existe chez nous des personnes pauvres, des familles en grande difficulté, des retraités aux revenus insuffisants et des jeunes sans perspectives.
Oui, notre système social demeure perfectible, les inégalités sont réelles et la vie chère aggrave chaque fragilité.
Mais les mots ont un sens.
La pauvreté existe en Martinique. La précarité aussi. Pourtant, peut-on réellement parler de misère dans un territoire où demeurent accessibles l’école, les soins, les prestations sociales, les infrastructures publiques et différents mécanismes de solidarité ?
Regardons simplement les flux migratoires. Combien de Martiniquais quittent notre île pour aller chercher une vie meilleure à Sainte-Lucie, en République dominicaine, à Cuba ou en Haïti ? Ils sont pratiquement inexistants.
À l’inverse, combien de ressortissants de ces pays viennent en Martinique avec l’espoir d’y trouver un emploi, une protection sociale, des soins, une scolarité pour leurs enfants et, plus généralement, de meilleures conditions de vie ?
Le mouvement est suffisamment significatif pour nous obliger à regarder la réalité avec davantage de lucidité.
Les migrations ne disent pas tout, mais elles révèlent une chose essentielle : malgré nos difficultés, la Martinique demeure un territoire d’attractivité et d’espérance dans son environnement régional.
Cela ne doit pas nous conduire à ignorer la souffrance de ceux qui vivent difficilement chez nous. Comparer ne signifie pas nier. Mais reconnaître nos fragilités ne doit pas davantage nous entraîner dans une surenchère permanente de la misère, comme si nous étions dépourvus de tout.
À force de présenter la Martinique comme un territoire abandonné, sinistré et sans ressources, nous finissons par ne plus voir ce que nous avons, ce que d’autres nous envient et surtout ce que nous devons préserver.
Nous avons le droit d’exiger davantage de justice sociale, de pouvoir d’achat et d’efficacité publique. Mais faisons-le avec discernement, sans outrance et avec le sens des proportions.
La pauvreté doit être combattue. La misère ne doit pas devenir un argument politique commode.
Regardons aussi autour de nous : la Caraïbe nous rappelle que, malgré nos insuffisances, notre sort impose moins la plainte permanente que la responsabilité de mieux utiliser les moyens dont nous disposons.
Max Pied






