Pour une Martinique d’excellence, tout de suite! 4/5
Gouverner autrement : la performance avant tout.
Les trois premières tribunes de cette série de tribunes dont Mikaël Glondu-Monnerville ont montré que la Martinique devait faire de l’excellence son projet collectif, mieux maîtriser les chaînes de valeur et investir dans les compétences. Mais ces ambitions resteront théoriques si elles ne s’accompagnent pas d’une transformation profonde de l’action publique. La question n’est plus seulement de savoir quelles compétences exercer, mais comment les exercer. La performance publique, l’évaluation et la responsabilité doivent désormais devenir les piliers d’une nouvelle gouvernance territoriale.
Le véritable enjeu : mieux gouverner
Depuis plusieurs années, le débat public martiniquais est largement dominé par la question institutionnelle. Faut-il davantage de compétences ? Faut-il un pouvoir normatif plus étendu ? Faut-il faire évoluer le statut de la Collectivité territoriale de Martinique ?
Ces interrogations sont légitimes. Elles concernent directement la capacité du territoire à adapter ses politiques publiques à ses réalités.
Mais une question tout aussi essentielle demeure souvent au second plan : que faisons-nous des compétences dont nous disposons déjà ?
Car aucune réforme institutionnelle ne remplacera jamais une gouvernance efficace.
Les territoires qui réussissent ne sont pas seulement ceux qui disposent des compétences les plus larges. Ce sont aussi ceux qui savent fixer des priorités, conduire leurs politiques avec constance, évaluer leurs résultats et corriger rapidement leurs insuffisances.
Agir sur les deux fronts
L’accord-cadre signé le 1er juillet 2026 entre l’État et la Collectivité territoriale de Martinique ouvre une perspective nouvelle en engageant une réflexion sur un pouvoir normatif adapté aux réalités martiniquaises.
Ce débat est nécessaire.
Mais il ne doit pas conduire à différer les décisions qui peuvent être prises dès aujourd’hui.
Les récentes habilitations obtenues dans les domaines de l’énergie et de l’eau illustrent précisément cette réalité. Elles montrent que le cadre constitutionnel actuel offre déjà des possibilités d’adaptation des politiques publiques, même si ces procédures demeurent perfectibles — champ d’application limité, durée restreinte, procédure parfois lourde.
Autrement dit, la Martinique n’a pas à choisir entre agir immédiatement et préparer l’avenir.
Elle doit faire les deux simultanément.
Utiliser pleinement les marges de manœuvre existantes tout en poursuivant la réflexion sur les évolutions institutionnelles nécessaires constitue sans doute la stratégie la plus efficace.
L’évolution statutaire n’est pas un substitut à l’action.
Elle doit en être un accélérateur.
Passer d’une culture des moyens à une culture des résultats
L’action publique reste encore largement évaluée au regard des moyens engagés : budgets votés, effectifs mobilisés, dispositifs créés.
Or les citoyens attendent d’abord des résultats.
L’amélioration des transports.
Une distribution d’eau plus fiable.
Des délais administratifs plus courts.
Davantage d’emplois.
Une meilleure qualité des services publics.
Une plus grande sécurité.
Une économie plus dynamique.
Autrement dit, ils jugent les politiques publiques à leurs effets concrets.
Cette évolution appelle une véritable révolution culturelle.
Chaque politique devrait être accompagnée d’objectifs précis, d’indicateurs de suivi, d’échéances clairement identifiées et d’une évaluation publique régulière.
La transparence ne doit plus être une obligation administrative.
Elle doit devenir un outil de confiance.
Une gouvernance fondée sur l’évaluation
La performance publique ne signifie pas rechercher des économies à tout prix.
Elle consiste à s’assurer que chaque euro dépensé produit le maximum d’efficacité au service des citoyens.
Une politique efficace atteint ses objectifs.
Une politique efficiente les atteint avec les moyens les mieux adaptés.
Une politique durable produit des effets qui s’inscrivent dans le temps.
Une politique transparente accepte d’être évaluée.
Cette culture de l’évaluation devrait concerner l’ensemble des politiques publiques — développement économique, formation, tourisme, mobilité, énergie, environnement, action sociale, santé, culture ou encore coopération régionale.
Ce que l’on mesure peut être amélioré.
Ce que l’on refuse d’évaluer finit souvent par être subi.
Une administration plus agile
Cette évolution suppose également une modernisation des méthodes de travail.
La révolution numérique, l’intelligence artificielle et les outils d’analyse des données offrent désormais des possibilités considérables pour simplifier les procédures, accélérer les décisions et améliorer le pilotage des politiques publiques.
L’administration de demain devra être davantage tournée vers l’accompagnement que vers le contrôle, davantage fondée sur les résultats que sur les procédures, davantage capable d’anticiper que de réagir.
L’objectif n’est pas d’avoir une administration plus importante.
L’objectif est de disposer d’une administration plus performante.
Faire de la gouvernance un avantage compétitif
Dans un monde où les territoires sont en concurrence pour attirer les investissements, les entreprises, les talents et les visiteurs, la qualité de la gouvernance devient un facteur de compétitivité.
Une administration efficace.
Des décisions rapides.
Des procédures lisibles.
Des délais maîtrisés.
Une vision stratégique.
Autant d’éléments qui renforcent l’attractivité d’un territoire.
La bonne gouvernance n’est donc pas seulement une exigence démocratique.
Elle constitue aussi un levier de développement économique.
Une responsabilité collective
Au fond, gouverner autrement ne relève pas uniquement des institutions.
Cela suppose également une évolution des comportements.
Les élus doivent accepter l’évaluation.
L’administration doit développer une culture du résultat.
Les entreprises doivent s’inscrire dans une logique d’innovation.
Les citoyens doivent participer davantage à l’évaluation des politiques publiques.
L’excellence ne peut être uniquement une ambition économique.
Elle doit devenir une culture de responsabilité partagée.
C’est à cette condition que la Martinique pourra pleinement utiliser les compétences dont elle dispose aujourd’hui, préparer celles qu’elle exercera demain et construire une gouvernance à la hauteur de ses ambitions.
À suivre : Une ambition pour la Martinique : choisir l’excellence. Cette dernière tribune rassemblera les principaux enseignements de cette série et montrera que l’excellence n’est ni un slogan ni une utopie, mais une stratégie réaliste pour produire davantage de richesse, mieux gouverner et mieux préparer l’avenir.





