Renaud Gaudeul, procureur de la République : « Nous avons près d’une dizaine d’enquêtes ouvertes en matière de trafic d’armes »

Renaud Gaudeul, procureur de la République : « Nous avons près d’une dizaine d’enquêtes ouvertes en matière de trafic d’armes »

Publié le 23/09/2020

Provenant de saisies par la police et la gendarmerie, ainsi que de la ‘’récolte’’ 2019 de l’opération « Déposez les armes ! », un peu plus de mille armes à feu ont ainsi été détruites la semaine dernière. A l’occasion du lancement de l’édition 2020 de ladite opération (qui en est à sa cinquième occurrence*), nous avons échangé avec le procureur de la République, Renaud Gaudeul, sur quelques réalités relatives aux trafics d’armes sous nos cieux.


Antilla : Les trafics d’armes sont-ils nombreux en Martinique ?

Renaud Gaudeul : Quand je suis arrivé ici il y a trois ans, on me disait qu’il n’y avait pas de trafic d’armes en Martinique. D’ailleurs au tribunal nous n’avions aucun dossier ouvert en matière de trafic d’armes. Aucun. On me disait que ça arrivait au compte-gouttes mais qu’il n’y avait pas vraiment de réseau(x), que les armes étaient échangées de cette manière là. Or ce n’était pas possible.

C’est-à-dire ?

Compte tenu du niveau de circulation des armes ici, il me paraissait absolument inimaginable de penser qu’il ne pouvait pas y avoir de trafic d’armes, comme il y a malheureusement du trafic de stupéfiants. Donc nous avons ouvert un certain nombre d’enquêtes, à partir de quasiment ‘’rien’’ : parfois d’un numéro de téléphone, ou d’une arme qu’on a pu faire ‘’parler’’ grâce à des expertisestechniques, etc. Et c’est ainsi que nous avons pu démanteler plusieurs trafics d’armes, dont certains ont déjà été jugés, notamment cette année, juste après le confinement. Nous avons en effet jugé deux gros dossiers de trafics d’armes en Martinique ; trafics qui étaient réalisés par le biais de réseaux sociaux. Ce sont des individus qui ont donc pu être identifiés, jugés, et pour certains d’entre eux condamnés à de très lourdes peines d’emprisonnement.

« Nous avons la possibilité de procéder à des fouilles dans des navires »

A ce jour, combien de trafics d’armes ont-ils été démantelés ?

Actuellement nous avons près d’une dizaine d’enquêtes encore ouvertes en matière de trafic d’armes. Dès que nous avons des éléments qui permettent de suspecter qu’il y a un trafic d’armes, nous ouvrons une enquête. Mais ça ne veut pas dire non plus que toutes les enquêtes aboutiront.

Dans votre communication tout à l’heure, vous avez mentionné des contrôles terrestres, notamment routiers : le maritime est-il également concerné ?

Absolument. La Marine nationale est pleinement mobilisée sur cette question, tout comme les forces des Douanes et celles de la Gendarmerie maritime. Il faut savoir que depuis le mois de juin 2019, nous avons la possibilité de procéder à des fouilles dans des navires dans les eaux territoriales, sur autorisation du Procureur de la République – et je ne me prive pas pour délivrer ce type de réquisition de manière extrêmement régulière, pour qu’il y ait des opérations qui soient également menées dans nos eaux territoriales pour contrôler les navires qui rentrent dans ces eaux, ou qui sont ‘’stationnés’’ ici, circulent dans ces eaux et vont à l’extérieur. Et nous avons déjà saisi des armes à bord d’embarcations.

« Nous avons mis la main sur un stock d’une trentaine d’armes, dont huit fusils d’assaut » 

Aujourd’hui les autorités en savent-elles davantage sur la provenance de ces armes ? A une époque encore récente, le nom du Venezuela revenait assez fréquemment.

Oui, c’était une hypothèse pendant longtemps : maintenant c’est une certitude. Nous avons d’ores et déjà eu des enquêtes où nous avons pu prouver que des armes ou des munitions provenaient du Venezuela. Je pense notamment à une perquisition qui a été réalisée en février 2019, où nous avons mis la main sur un stock d’une trentaine d’armes, dont huit fusils d’assaut et un stock de munitions d’armes de guerre, qui provenaient directement de l’armée vénézuélienne. Donc effectivement, nous savons que l’Amérique du Sud, et tout particulièrement le Venezuela, est une source d’approvisionnement. Mais ce n’est pas la seule : nous avons d’autres enquêtes qui nous permettent d’indiquer que des armes proviennent également d’Amérique du Nord.

En matière de trafics d’armes en Martinique, la ‘’connexion’’ aux trafics de stupéfiants est-elle une constante ?

Ce n’est pas une constante mais c’est une réalité. Très souvent nous avons un trafic d’armes qui est associé à un trafic de stupéfiants, mais ce n’est pas systématique. Nous avons des personnes pour lesquelles on ne démontre pas qu’elles trafiquent des stupéfiants. Mais qui en revanche sont impliquées dans des trafics d’armes.

                                                                             Propos recueillis par Mike Irasque

*En quatre éditions, 1917 armes à feu (et plus de 53.500 munitions) ont été ‘’déposées’’ aux autorités.


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