(145 pages- Editeur : Les 3 Colonnes- 2024)
Georges DORION (décédé le 4 juillet 2026, à 93 ans), foyalais avec des attaches à Sainte –Luce, ancien élève de l’ENA, ancien IGAS (Inspecteur Général des Affaires Sociales) et grand spécialiste de la Sécurité Sociale, nous a quittés le 4 juillet 2026, à l’âge de 93 ans. La Martinique perd un grand homme, un penseur.
Je l’ai connu en tant que Directeur de Caisse de Sécurité Sociale et de façon plus intime dans sa famille.
Il m’a offert son livre, au mois d’avril dernier, « Sans détour, les convictions d’Hippolyte », et sur la carte qu’il avait jointe il me disait : « pardon si tu n’es pas d’accord sur tout ». La grande classe intellectuelle.
Toujours calme, il parlait, à mots feutrés, pour avancer sur le fond, des choses concernant ce Pays-Martinique qu’il aimait tant et qu’il aurait voulu voir désankayé. Tout en essayant malgré tout de comprendre les difficultés réelles dans lesquelles devaient avancer nos responsables politiques, il n’en était pas néanmoins subtilement impitoyable envers eux, incapables de prendre ces mêmes problèmes à bras le corps dans une démarche constructive qui obligeait au compromis, et excluait la protection d’ambitions personnelles ou l’unique défense d’intérêts de Partis enfoncés dans des contradictions permanentes et des hésitations coupables. Tout un chapitre est consacré à la recherche du consensus (page 44).
Il n’y a pas de doute, cet ouvrage est en quelque part biographique et nous pouvons le considérer, à ce jour, comme un testament politique.
Nous ne pouvons être d’accord avec tout ce qu’a écrit ce Haut Fonctionnaire. Mais comme le rappelait, l’autre soir au Diamant, notre anthropologue bien connu, Louis-Félix Ozier-Lafontaine : « il faut lire le travail de ceux qui ne pensent pas comme nous », et j’ajoute : quand c’est bien écrit, bien pensé, argumenté et sérieux.
En voici les chapitres phares (il y en a 17):
– Prendre conscience des progrès à accomplir
– L’affaire institutionnelle
– Composer avec les contraintes
– la question démographique
– Sur l’environnement géographique et la langue
– Chercher la bonne voie, une voie raisonnée
J’ai décortiqué le titre, car rédacteur de nombreux rapports dans sa vie de Haut Fonctionnaire, Georges DORION connaissait la force des mots, savait l’importance de leur agencement et prévoyait les conséquences parfois de leur impact. Il n’y a donc pas de hasard pour le choix de ce titre.
SANS DETOUR :
Sans détour : signifie de manière directe, franche sans ambiguïté, en allant immédiatement droit au but et sans utiliser d’artifices ou de circonlocutions
HIPPOLYTE, pourquoi?
J’ai donc ouvert mon dictionnaire Google: vient de la mythologie grecque. Evoque la force et la maîtrise, l’intrépidité, l’audace, la persévérance. N’apprécie pas la routine.
CONVICTION :
désigne une certitude ferme et profonde de l’esprit concernant la vérité d’un fait, d’une idée ou d’une opinion.
Certitude : une idée que l’on tient pour absolument vraie.
Et si on ajoute (p 115) que Hippolyte pense que ce qu’il dit correspond à son parti pris d’intransigeance et qu’il pourrait même passer pour un iconoclaste, on se demande, alors, pour quoi lire ce » livre-vérité » qui apparemment ne supporterait aucun débat. Tout paraît bouclé, mais à la fin, la proposition de 2 commissions (avec cette idée fondamentale et presque révolutionnaire chez nous -alors que l’on parle politique -de ne pas s’échauffer, de ne pas s’énerver, trouver le consensus et le bon compromis…) l’une publique, l’autre privée pourraient revenir sur des problèmes mille fois connus et débattus, y compris dans les Assemblées locales, dans les Assemblées nationales, dans tous les Ministères, dans les RUP.
Mais comme Hippolyte le dit si bien et le démontre avec ses arguments, c’est l’hésitation (talon d’Achille, p 140), la volonté de maintenir les acquis et avantages qui font que nous sommes toujours ankayés (orthographe du dictionnaire créole-français de R. Confiant). Sans oublier, à gauche comme à droite et bientôt à l’extrême droite qui commence à faire florès, l’argument suprême : Le peuple n’est pas prêt.
Je note au passage que parfois les critiques souvent justifiées de Georges Dorion à l’encontre de ce foutu petit Pays-Martinique relèvent parfois du doigt pointé sur un Etat indépendantavec des Politiques inconséquents, même s’il est souvent, très souvent rappelé que nous sommes plus que dépendants de l’Hexagone.
Moi, qui ai beaucoup milité (encarté au PSU, membre fondateur de La parole au Peuple et du MIM), je sors un peu triste de la lecture de son livre, avec le sentiment, coupable même, de n’avoir rien fait de bon pour notre Pays-Martinique.
Toutefois, je le félicite d’avoir produit ses idées (utopie p. 145 : oui, mais l’on a parlé d’utopie créatrice) et de les avoir soumises au débat. Il est parti en souhaitant certainement bonne chance à son Pays-Martinique. Qu’il repose en paix.
Ducos, le 3 octobre 2026
©Fernand Tiburce FORTUNE
Ancien élève de l’ENESSS
(Ecole Nationale d’Etudes Supérieures de Sécurité Sociale)
Ancien directeur de Caisse de Sécurité Sociale
Directeur honoraire de la Caisse de Sécurité Sociale de Mayotte




