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    Home » Transport en Martinique : sortir de l’impasse pour construire un véritable service public. Par José Mirande
    Actualité Tribunes

    Transport en Martinique : sortir de l’impasse pour construire un véritable service public. Par José Mirande

    septembre 7, 2026Aucun commentaire
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    Face à l’explosion du coût du transport public en Martinique et aux difficultés récurrentes du réseau, José Mirande appelle à une remise à plat du système. Le maire du Marin avance six propositions pour retrouver un modèle financièrement soutenable, améliorer le service rendu aux usagers et replacer la mobilité au cœur du développement du territoire. Élu d’opposition, il se dit prêt à participer pleinement à cette réforme, à condition que les orientations soient clairement fixées par le président du Conseil exécutif de Martinique.


    Transport en Martinique : sortir de l’impasse pour construire un véritable service public.

    Par José Mirande

    Le transport public est aujourd’hui à un tournant en Martinique.

    Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a raison ou qui a tort, ni de rechercher des responsabilités individuelles.

    La question qui nous est posée est beaucoup plus importante :

    « Pouvons-nous continuer à financer notre système de transport avec un modèle dont le coût semble désormais sans rapport avec les capacités financières de ses financeurs ? »

    Il y a encore peu de temps, l’ensemble du transport public représentait pour les pouvoirs publics un coût inférieur à 60 millions d’euros. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation où, en additionnant les différents contrats, la facture s’approche des 200 millions d’euros par année budgétaire

    Sans entrer dans la polémique sur les choix qui ont conduit à cette situation, une réalité s’impose : ce niveau de dépense n’est pas compatible avec les capacités financières actuelles de la Collectivité territoriale de Martinique et des EPCI qui le financent.

    Lorsque les recettes ne permettent plus de couvrir les dépenses, deux solutions existent :

    • Soit augmenter massivement les contributions publiques
    • Soit réduire drastiquement l’offre de transport

    Les deux solutions sont difficiles et la deuxième option qui consisterait à réduire les lignes et les fréquences de desserte, reviendrait à faire payer aux Martiniquais les conséquences d’un modèle devenu trop coûteux.

    La solution ne peut donc être binaire.

    Il faut donc avoir le courage de remettre à plat l’ensemble du système.

    1°) Résilier pour reconstruire et appliquer le principe de « capabilité »

    Il faut avoir le courage de poser une question qui peut sembler radicale, mais qui mérite d’être étudiée sérieusement :

    Lorsque le cadre juridique le permet, ne serait-il pas plus responsable de mettre un terme à certains marchés devenus financièrement insoutenables pour la collectivité.

    Ces résiliations pourraient s’effectuer tout en organisant une période de transition permettant de garantir une juste continuité du service public, sur une période de 24 mois, le temps de réorganiser l’ensemble du système.

    La résiliation anticipée aura évidemment un coût.

    Mais il faut comparer ce coût ponctuel au coût d’un déficit structurel qui, année après année, devant être compensé par l’argent public, provoquera, à terme, une quasi-faillite des Collectivités majeures du pays.

    Payer une fois pour sortir d’une mauvaise trajectoire peut parfois coûter moins cher que de continuer indéfiniment à financer une organisation que l’on sait ne plus pouvoir supporter.

    Cette démarche devrait naturellement être précédée d’une analyse juridique et financière de chaque marché.

    Il ne s’agit pas de rompre des contrats par principe, mais de déterminer, contrat par contrat, ce qui est soutenable et ce qui ne l’est plus. C’est le principe de la capabilité !

    Pendant cette période de transition de deux années, la priorité absolue devrait être de maintenir le service aux usagers.

    2°) Une SPL pour opérateur unique

    Aujourd’hui l’Autorité Unique de Transport est assurée par l’Etablissement public dénommé MARTINIQUE TRANSPORT.

    Depuis le 01 Juillet 2017, l’établissement public, MARTINIQUE TRANSPORT, s’est substitué de plein droit aux 04 précédentes autorités organisatrices de la mobilité, à savoir la CTM, La CACEM, L’Espace sud et Cap Nord.

    La mission principale de MARTINIQUE TRANSPORT consiste à définir les orientations de la politique de transport et organiser le réseau de transport.

    Son financement est assuré principalement  par le versement mobilité, les contributions de la CTM des 03 EPCI et la billetterie

    Pour assurer sa mission, MARTINIQUE TRANSPORT, s’appuie sur 74 opérateurs du secteur privé et 01 operateur interne, la RTM, Regie transport de Martinique qui gère le TCSP.

    Ces opérateurs privés assurent, après un appel d’offres, leurs missions dans le cadre de marchés publics

    Ainsi, MARTINIQUE TRANSPORT, « gère » directement ou de facto, une multitude d’entreprises de transport délégataire ou sous-traitants.

    Ces entreprises de taille et d’expériences inégales appliquent des processus managériaux différents, créant parfois des situations conflictuelles sur l’ensemble du réseau

    Face à cette situation, pourquoi ne pas simplifier l’écosystème du transport à la Martinique, en réduisant sensiblement le nombre d’opérateurs

    Il s’agirait d’étudier sérieusement la création d’une Société publique locale de transport, réunissant les trois EPCI et la CTM

    Une telle structure permettrait de remettre les collectivités au cœur de l’organisation et de l’opérationnalité

    Cette évolution pourrait permettre :

    • Dans un premier temps d’envisager le rachat des autobus en bon état actuellement détenus par les opérateurs, lorsque cela est économiquement pertinent.
    • De reprendre, après analyse et en concertation avec MARTINIQUE TRANSPORT le graphicage des lignes, afin de créer un réseau un peu plus cohérent
    • D’organiser la reprise des collaborateurs, dans le cadre de la convention collective nationale des réseaux de transport publics urbains de voyageurs

    L’objectif ne serait pas de remplacer le privé par le public par idéologie.

    L’objectif est beaucoup plus pragmatique : « reprendre collectivement la maîtrise opérationnelle d’un service essentiel à la vie quotidienne des Martiniquais ».

    Le secteur privé pourrait par ailleurs continuer à intervenir en fonction de sa taille et de ses performances reconnues de gestion et de management, et si cela représente un intérêt économique ou opérationnel.

    En effet, la collectivité devra toujours être capable de définir la stratégie, de contrôler les coûts, de garantir la cohérence globale du réseau et d’assurer ou de faire assurer le service public de transport.

    3°) Un réseau réaliste ciselé pour le territoire Martiniquais.

    Le transport martiniquais ne doit pas se résumer à la résolution quotidienne des problèmes, dont l’origine découle d’une addition de contrats.

    Nous avons besoin d’une vision globale.

    Le plan de mobilité doit nous permettre de regarder la réalité des déplacements : où vivent les Martiniquais ? Où travaillent-ils ? Où étudient-ils ? Où se trouvent les services publics, les commerces, les établissements de santé ? Quels sont les déplacements domicile-travail ? Quels sont les besoins des jeunes, des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite ?

    À partir de ces données, nous devons reconstruire un réseau cohérent.

    Un réseau où l’on ne se demande plus :

    « Quelle compagnie dois-je prendre pour aller là-bas ? »

    Mais simplement :

    « Comment puis-je aller, simplement et rapidement, d’un point A à un point et à un prix raisonnable ? »

    C’est cela, un véritable service public de transport.

    Il faut également avoir le courage de regarder les incohérences du système actuel.

    Dans le centre de la Martinique, la coexistence de deux modes de gestion, une régie et une délégation de service public peut conduire à des situations aberrantes du point de vue opérationnel

    Il ne s’agit pas de dire que l’un est nécessairement meilleur que l’autre.

    Mais lorsque les moyens publics sont rares, pouvons-nous nous permettre de financer des doublons ?

    Chaque euro consacré au fonctionnement d’un réseau qui fait double emploi est un euro qui ne finance pas une nouvelle desserte.

    Nous devons donc rechercher la complémentarité, la mutualisation et l’efficacité.

    4°) Le transport doit devenir un outil de pouvoir d’achat

    Le transport public ne doit pas être considéré uniquement comme une dépense ou une compétence dont on voudrait s’en débarrasser à l’image du sparadrap du capitaine Haddock

    De plus, le transport public doit nous obliger, nous Elus à voir plus loin qu’un simple acte de gestion

    Il est un outil de pouvoir d’achat.

    Lorsqu’une famille peut laisser sa voiture au garage plusieurs jours par semaine parce qu’elle dispose d’un réseau fiable, fréquent et abordable, elle économise du carburant, de l’entretien, de l’assurance et parfois même l’achat d’un deuxième véhicule.

    Pour un étudiant, un salarié, une personne âgée ou une famille, la qualité du transport conditionne directement la liberté de se déplacer.

    Notre objectif doit donc être clair :

    Faire en sorte que le prix et la qualité du transport donnent envie de prendre le transport public plutôt que de contraindre les Martiniquais à utiliser leur voiture.

    Pour cela, il faut un réseau lisible, fiable, ponctuel, interconnecté et financièrement accessible.

    5°) Financer durablement le service public de transport de Martinique

    Une politique ambitieuse nécessite des moyens.

    Le financement ne peut pas reposer exclusivement sur les usagers.

    Le versement mobilité, la participation des collectivités et la contribution des usagers doivent naturellement rester au cœur du financement.

    La question de la valorisation des gares et des points d’arrêts devra être posée

    La question de la mobilisation d’une partie supplémentaire du FIRT mérite également d’être posée dans une réflexion globale sur les recettes consacrées à la mobilité.

    Mais nous devons aussi ouvrir le débat sur l’octroi de mer.

    Une partie de cette ressource pourrait être davantage fléchée vers des politiques directement liées au développement du territoire, et à la mobilité.

    Le débat sur l’octroi de mer a pris une nouvelle dimension après les mouvements sociaux de 2024 et les mesures prises sur certains produits.

    Une question mérite aujourd’hui d’être posée sans fard : si la diminution de l’octroi de mer sur certains produits n’a pas produit les effets espérés sur les prix, ne devrions-nous pas réfléchir à une utilisation différente d’une partie de cette ressource ?

    Il ne s’agirait évidemment pas de fragiliser les collectivités ni de reproduire mécaniquement la répartition actuelle.

    Il s’agirait de flécher une part maîtrisée de cette ressource vers l’amélioration du transport public de voyageurs

    Un Martiniquais qui peut se déplacer efficacement pour aller travailler, étudier, se soigner ou consommer est aussi un Martiniquais qui bénéficie concrètement d’une politique de développement.

    La qualité et la permanence du service public implique aussi une responsabilité citoyenne

    Nous pouvons demander davantage au service public.

    Nous devons également demander davantage aux citoyens.

    Prendre le transport public, c’est aussi payer son titre de transport.

    Il ne peut pas y avoir de transport public performant si une partie des usagers ne contribue pas au financement du service qu’elle utilise.

    La fraude n’est pas une petite économie individuelle sans conséquence.

    Elle représente une perte de recettes pour le réseau et, à terme, une charge supplémentaire pour la collectivité.

    Nous devons donc promouvoir une véritable culture du transport public : un service de qualité, mais aussi des usagers respectueux des règles.

    Le citoyen doit pouvoir exiger un service fiable.

    Et en retour, il doit accepter de contribuer à son financement.

    Le service public est un contrat entre la collectivité et le citoyen.

    De plus, pour ceux qui feignent d’oublier, et, comme la Loi l’y oblige les employeurs publics ou privés ont l’obligation de proposer à leurs collaborateurs, la prise en charge d’une partie du titre de transport ou de son abonnement dés lors qu’il existe sur le territoire concerné un réseau de transport public de voyageurs

    Les choses sont dites et la Martinique n’a pas besoin d’un énième affrontement politique sur le transport.

    Nous avons besoin d’une vision et d’une démarche claire

    Nous devons être capables de reconnaître collectivement les erreurs de dimensionnement, les choix contractuels qui ne correspondent plus à nos capacités financières.

    Mais surtout, nous devons être capables de proposer autre chose :

    • Un réseau unique dans sa stratégie, complémentaire dans son organisation, maîtrisé dans ses coûts et ambitieux dans son offre.
    • Une réelle gouvernance associant la CTM et les trois EPCI au sein de MARTINIQUE TRANSPORT
    • Une SPL capable de reprendre progressivement la maîtrise de l’outil.
    • Une transition de 02 années permettant de préserver la continuité du service.
    • Un examen rigoureux des contrats existants.
    • Une politique d’investissement dans les véhicules et les infrastructures.
    • Un financement diversifié et pérenne.

    Et surtout, un réseau construit à partir des besoins réels des Martiniquais.

    Parce que le transport n’est pas une dépense comme une autre.

    C’est une infrastructure d’égalité sociale, économique et territoriale.

    Notre ambition devrait donc être simple :

    Faire du transport public martiniquais un véritable facteur de liberté, de pouvoir d’achat et de développement.

    Nous avons les compétences.

    Nous avons les collectivités.

    Nous avons les Martiniquais qui attendent une solution.

    Il nous manque surtout une décision collective.

    Je suis prêt, toutes affaires cessantes, même dans l’opposition à être acteur de ce changement fondamental, à la condition que les orientations soient clairement indiquées par le President du Conseil Exécutif de Martinique

    J’ai posé là 06 propositions, je demeure en attente

    Pour l’honneur de notre Martinique

    José Mirande

    Maire du Marin

    Vice President de la Communauté d’agglomération du sud Martinique

    Conseiller Territorial

    Le Marin 06/09/2026

     

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