Lecteur attentif de l’actualité martiniquaise et des débats publiés sur le site d’Antilla, Franck A. a souhaité réagir aux nombreuses prises de position suscitées par l’accord-cadre signé le 1er juillet 2026 entre l’État et la CTM. Dans cette tribune, il invite à dépasser la question du statut pour interroger la gouvernance du territoire, les choix effectués depuis la création de la CTM et les résultats réellement obtenus. Pour lui, cette séquence pourrait marquer le début d’un réveil collectif et d’une nouvelle exigence d’évaluation de l’action publique.
L’accord-cadre signé le 1er juillet 2026 entre la CTM et l’État aura produit un effet que ses signataires n’avaient probablement pas imaginé : déclencher enfin le véritable débat.
Depuis des années, la Martinique désigne des responsables à ses difficultés. C’est la relation avec l’État, le Préfet. Puis les normes, les règles, la fiscalité. Puis les débats sur la vie chère, les monopoles, les surmarges ou encore la nécessité de changer de modèle économique. Et continuellement le problème du statut.
Toujours le même réflexe : à chaque crise, un nouveau responsable est désigné ou un nouveau complot est imaginé.
À force de multiplier les boucs émissaires, nous avons oublié de regarder le tableau de bord de la CTM.
Mais depuis la signature de cet accord-cadre, un mouvement de fond est en train de naître. La parole se libère.
Des voix, longtemps dispersées s’entendent autour d’un même constat : la Martinique n’est pas en panne à cause de son statut.
Les difficultés économiques, démographiques, sociales ne sont pas le résultat du statut. Elles sont le produit d’un ensemble de choix, de retards, d’absence de stratégie et de vision.
La création de la CTM devait être une nouvelle étape. Elle devait simplifier l’action publique, renforcer l’efficacité des politiques et donner au territoire une nouvelle dynamique.
Dix ans après, avons-nous réellement utilisé cet outil ?
Et si le problème n’était pas l’outil ? S’il était avant tout dans la manière de gouverner ?
L’accord-cadre est la séquence de trop, pour la gouvernance actuelle de la CTM. Car un nouveau souffle apparaît. Cette signature a provoqué une réaction inattendue : celle d’une société martiniquaise qui refuse d’être, une nouvelle fois, enfermée dans un faux débat.
Quelque chose est en train de changer.
Les médias interrogent davantage les choix publics.
Les universitaires analysent les faits économiques et sociaux. Le monde économique exprime enfin ses attentes et ses inquiétudes. Les acteurs associatifs et syndicaux interrogent eux aussi les choix publics et leurs résultats.
Même dans le champ politique, des voix commencent à s’opposer au discours dominant sur le statut.
Partout, la parole se libère.
Cette évolution est essentielle.
Et le véritable enjeu des prochains mois c’est de stopper cette culture militante de la dénonciation pour entrer dans une culture de l’évaluation.
Sortir de cette logique de confrontation permanente à une logique de coopération avec l’État, avec l’Europe, avec les communes, avec les forces économiques et avec l’ensemble de la société civile.
Ce nouveau souffle doit nous sortir des réflexes idéologiques lorsqu’il s’agit de gouverner.
C’est cela que cette séquence doit permettre.
Non pas un nouveau débat sans fin sur les institutions.
Mais bien un réveil, le réveil d’une exigence de regarder les faits, les chiffres et les résultats.
Si l’accord-cadre du 1er juillet 2026 doit laisser une trace ce sera celui du réveil de la Martinique.
La Martinique n’est pas en panne à cause de son statut.
Franck A.





