« Pour la première fois, nous avons l’assurance que 50 agents viendront renforcer directement les effectifs douaniers en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. »
Hier mardi 29 septembre, plus de 6 000 candidats étaient attendus aux épreuves écrites du premier concours national à affectation régionale Antilles-Guyane organisé pour recruter des agents de constatation des douanes. Rien qu’en Martinique, 2 594 candidats étaient inscrits, répartis sur huit sites, avec le campus de Schœlcher comme principal centre d’examen. Une opération d’une ampleur inédite qui doit déboucher sur le recrutement de 50 agents destinés à exercer en Martinique, en Guadeloupe ou en Guyane. Pascal Lecanter, directeur interrégional des douanes Antilles-Guyane depuis novembre 2025, revient sur ce recrutement, mais aussi sur les missions et les défis d’une administration particulièrement sollicitée dans nos territoires.
Antilla : Plus de 6 000 candidats pour ce concours. Vous attendiez-vous à un tel engouement ?
Pascal Lecanter : C’est effectivement considérable et probablement du jamais-vu pour notre interrégion. Nous avions environ 2 500 candidats inscrits en Martinique, à peu près autant en Guadeloupe et plus d’un millier en Guyane. Il faut cependant distinguer les inscrits des candidats qui se présentent réellement aux épreuves. Il y a toujours une déperdition.
Mais ce qui est surtout nouveau, c’est la nature même de ce concours. Jusqu’à présent, nous pouvions rencontrer des difficultés pour renforcer certains territoires. Cette fois, l’administration a organisé un concours national à affectation régionale. Les lauréats savent donc qu’ils seront affectés en Martinique, en Guadeloupe ou en Guyane. C’est une réponse très concrète à nos besoins d’effectifs.
Antilla : Pourquoi avoir créé spécifiquement un concours Antilles-Guyane ?
Pascal Lecanter : Nous avons parfois des difficultés d’attractivité. L’objectif est donc de recruter des personnes qui savent dès le départ qu’elles exerceront sur l’un de nos trois territoires.
À l’issue du processus, 50 agents doivent venir renforcer nos effectifs. Après leur recrutement, ils suivront une formation de douze semaines à l’école des douanes de La Rochelle avant leur affectation. C’est important parce que nous avons besoin de personnels formés pour accompagner le renforcement de nos capacités opérationnelles.
« Recruter localement, c’est aussi donner à nos services les moyens de mieux répondre aux réalités très particulières des Antilles et de la Guyane. »

Antilla : Organiser un concours de cette ampleur représente aussi une logistique considérable…
Pascal Lecanter : Oui. En Martinique, nous avions huit centres d’examen et 31 salles mobilisées. Cela signifie des responsables de centres, des responsables de salles, des surveillants et toute une organisation préparée depuis plusieurs semaines. Une part très importante de nos personnels a été mobilisée.
Il faut également respecter exactement les mêmes règles partout puisque nous sommes dans le cadre d’un concours national. Les sujets sont identiques, les enveloppes sont sécurisées et ouvertes dans des conditions très précises. Toute la chaîne doit garantir une parfaite égalité de traitement entre les candidats.
Antilla : Qui pouvait se présenter ?
Pascal Lecanter : Pour le concours externe de catégorie C, le niveau demandé est celui du brevet des collèges ou d’un diplôme équivalent. Il n’est pas nécessaire d’habiter en Martinique, en Guadeloupe ou en Guyane pour candidater. C’est bien un concours national, mais avec une affectation régionale.
Après les écrits viennent les différentes étapes de sélection, notamment les évaluations psychologiques, les épreuves sportives pour la branche surveillance et l’oral. Les résultats définitifs sont prévus le 12 février 2027.
Antilla : Comment expliquez-vous que la douane attire autant de candidats ?
Pascal Lecanter : Je pense d’abord à l’intérêt du métier et à sa diversité. Lorsque les candidats découvrent réellement la douane, ils comprennent qu’elle ne se limite pas au contrôle des bagages dans un aéroport.
On peut exercer dans la surveillance terrestre, devenir marin, travailler dans le renseignement, les enquêtes, l’informatique, les ressources humaines, être plongeur, pilote, travailler dans un bureau de douane ou encore évoluer à l’international. Il existe aussi de vraies possibilités de mobilité géographique et professionnelle.
C’est une administration qui évolue constamment parce que les flux commerciaux changent, les réglementations évoluent et les trafics eux-mêmes s’adaptent. Pour quelqu’un qui entre aujourd’hui dans la douane, les possibilités de parcours sont donc nombreuses.
Antilla : Quelles sont justement les principales missions de la douane aux Antilles-Guyane ?
Pascal Lecanter : Elles sont très larges. Il y a naturellement la lutte contre les trafics, notamment les stupéfiants, mais également les contrefaçons, les marchandises ne respectant pas les normes, certains médicaments ou encore la protection des espèces menacées.
En Martinique, notre géographie constitue une difficulté particulière. Le littoral est très morcelé, avec de nombreux points d’entrée potentiels. Il faut surveiller les flux maritimes, aériens et portuaires. Et nous sommes situés à proximité de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale, avec des flux de stupéfiants susceptibles de transiter par la Caraïbe avant de rejoindre l’Europe.
Mais notre rôle est également économique et fiscal. Nous contrôlons les marchandises qui entrent sur le territoire et leur déclaration. C’est essentiel pour la perception de taxes comme l’octroi de mer, mais aussi pour garantir que les entreprises respectant les règles ne soient pas concurrencées par des opérateurs qui chercheraient à échapper à leurs obligations.
Antilla : De nouveaux moyens sont-ils prévus pour renforcer ces contrôles ?
Pascal Lecanter : Oui. Nous allons poursuivre le renforcement des moyens technologiques, notamment avec des outils de contrôle non invasifs. Des scanners mobiles à haute énergie doivent notamment être déployés. L’objectif est d’augmenter notre capacité de contrôle tout en perturbant le moins possible les flux économiques.
Mais disposer de technologies supplémentaires suppose aussi d’avoir les femmes et les hommes capables de les utiliser. C’est pour cela que le recrutement et la formation sont indissociables.
« Plus nous renforçons nos capacités de contrôle, plus nous pouvons détecter les trafics et rendre nos territoires difficiles d’accès aux organisations criminelles. »
Antilla : Vous insistez beaucoup sur cette dimension humaine de la lutte contre les trafics…
Pascal Lecanter : Parce que les conséquences dépassent largement la seule saisie de marchandises. Derrière les trafics, il y a des organisations qui peuvent chercher à attirer ou à compromettre des personnes, parfois parce qu’elles rencontrent des difficultés économiques.
Il faut rappeler qu’entrer dans ces réseaux peut avoir des conséquences extrêmement lourdes : des peines de prison, des amendes, mais également des familles qui se retrouvent profondément déstabilisées. Notre mission, avec la police, la gendarmerie et l’ensemble des services de l’État, consiste donc aussi à protéger le territoire et sa population.
Antilla : Que représente finalement ce concours dans la stratégie que vous souhaitez conduire aux Antilles-Guyane ?
Pascal Lecanter : Il s’inscrit pleinement dans la dynamique que nous avons engagée. Nous avons aujourd’hui un recrutement de 50 agents supplémentaires, des moyens matériels annoncés et un effort de formation qui doit accompagner l’ensemble.
L’année 2027 doit permettre de concrétiser une partie de ces efforts. L’objectif est clair : renforcer nos capacités d’action, former nos personnels et disposer des moyens nécessaires pour faire face aux réalités particulières de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.
Après quarante années de carrière dans la douane, dont des fonctions opérationnelles, de lutte contre la fraude, de ressources humaines et de formation, je connais l’importance de personnels bien recrutés et bien formés. Et c’est précisément ce que ce concours doit nous permettre de préparer pour les prochaines années.
Philippe Pied




