Ce vendredi 11 septembre, la MILCEM et la Coopérative d’Initiatives Jeunes Entrepreneurs ont dressé le bilan de la première coopérative éphémère organisée en Martinique. Pendant trois mois, une dizaine de jeunes ont créé et fait fonctionner BLICK, pour « Bouge en 1 click », un service de mise en relation entre clients et chauffeurs professionnels pour les déplacements nocturnes, touristiques et événementiels. Une expérimentation grandeur nature qui leur a permis de découvrir les réalités de l’entrepreneuriat et qu’une partie de l’équipe souhaite désormais prolonger.
Ils ne se connaissaient pas quelques mois plus tôt. Vendredi 11 septembre, les jeunes réunis à la direction générale de la MILCEM, au Lamentin, présentaient pourtant le bilan d’une entreprise qu’ils ont imaginée, structurée et confrontée au marché pendant treize semaines.
La démarche, portée par la MILCEM avec la Coopérative d’Initiatives Jeunes Entrepreneurs, CIJE, repose sur un principe simple : apprendre à entreprendre en créant réellement une activité économique. Les participants doivent définir leur offre, organiser le travail collectif, prospecter des clients, gérer les relations avec leurs partenaires et générer du chiffre d’affaires. Dans la coopérative, chaque participant dispose d’une voix.
Le projet martiniquais a débuté fin avril, après plusieurs rencontres d’information auprès de jeunes, notamment issus des quartiers prioritaires. Quatre semaines ont d’abord été consacrées à la structuration et à la formation, avant une présentation du projet le 26 mai puis le lancement effectif de l’activité le 16 juin. Les jeunes ont été accompagnés notamment par Ketsia Lepingue, chargée d’accompagnement à la création d’entreprise à la CIJE, ainsi que par la MILCEM. Johny Pattery, directeur de la MILCEM, était le parrain de l’opération et Karline Guillaume, cheffe d’entreprise dans l’événementiel, sa marraine.

Un besoin identifié autour des déplacements nocturnes
De cette réflexion est née BLICK, « Bouge en 1 click ». L’idée part d’un constat régulièrement rencontré en Martinique : la difficulté à se déplacer, particulièrement la nuit, après une soirée ou lors d’un événement.
Plutôt que de créer sa propre flotte, BLICK a choisi de mettre les clients en relation avec des professionnels du transport déjà présents sur le territoire. Jusqu’ici, la demande passe principalement par WhatsApp. L’équipe recherche ensuite, parmi son réseau de chauffeurs partenaires, celui qui est disponible et adapté au besoin du client. Taxis, vans, motos, chauffeurs parlant plusieurs langues ou disposant d’un agrément pour les personnes à mobilité réduite peuvent ainsi être mobilisés.
En trois mois, BLICK a réalisé 13 courses, enregistré 24 prospects, servi 14 clients et généré environ 1 300 euros de chiffre d’affaires. Des prestations ont notamment été réalisées à l’occasion de soirées, d’un bal de fin d’année ou d’un enterrement de vie de jeune fille. Pour les coopérants, ces premiers mois ont surtout permis de tester leur organisation et de confirmer qu’une demande existe pour ce type de service.
Se confronter aussi aux difficultés

L’expérience n’a pas été un exercice théorique. Les jeunes ont également découvert les contraintes d’une entreprise en activité.
Le paiement, notamment, s’est révélé complexe. Faute de solution directement intégrée à une plateforme, le client payait le chauffeur, qui reversait ensuite la somme à la CIJE. Un fonctionnement jugé insuffisamment fluide pour développer l’activité.
L’équipe a aussi vu arriver sur le marché un concurrent positionné sur le transport nocturne et événementiel, avec une application et des moyens de communication plus importants. Loin d’arrêter l’expérience, cette concurrence a obligé les jeunes à retravailler leur offre, leur positionnement et leurs partenariats.
« On s’est dit : on n’a rien à perdre, autant continuer et se battre », résume l’un des coopérants. Pour un autre, la présence de plusieurs opérateurs contribue aussi à installer le marché : « Plus il y a de concurrents, plus il y a de clientèle. »
Cette confrontation au réel faisait précisément partie de l’objectif. « L’entrepreneuriat, ce n’est pas que des oui : c’est aussi beaucoup de non, beaucoup de portes qui se ferment, des stratégies à mettre en place pour trouver des clients », rappelle Ketsia Lepingue.
BLICK pourrait continuer après la coopérative
La clôture de la coopérative éphémère ne devrait pas nécessairement signifier la fin de BLICK.
Les jeunes ont présenté quatre priorités pour poursuivre l’aventure : donner un cadre juridique durable au projet, rechercher des financements, améliorer l’outil de travail et renforcer le réseau de chauffeurs partenaires. Dans un premier temps, l’équipe envisage de créer une association, une formule compatible avec ses moyens actuels, avant une éventuelle évolution vers une société si l’activité se développe.
Une application figure également parmi les projets. Un développeur a été identifié et une recherche de financement doit être engagée. L’objectif affiché est de disposer d’un outil numérique permettant de simplifier les réservations et le suivi des trajets, avec l’espoir d’une mise en service d’ici la fin de l’année 2026. Hôtels, restaurants, agences de voyage, offices de tourisme et organisateurs d’événements figurent parmi les partenaires que BLICK souhaite désormais approcher.
Au-delà des résultats commerciaux encore modestes, la première coopérative éphémère de Martinique avait surtout vocation à permettre aux participants d’acquérir des compétences. Communication, gestion financière, administratif, travail en équipe, relation avec les professionnels ou gestion des imprévus ont été expérimentés directement.
Une découverte qui pourrait laisser des traces. Selon l’équipe d’accompagnement, aucun des jeunes ne prévoyait initialement de devenir entrepreneur. À l’issue de l’expérience, plusieurs envisagent désormais sérieusement cette possibilité.
MV





