Près de six milliards d’euros de projets d’investissement ont été présentés à Paris lors de la première édition de Choose Outre-mer. Pour la Martinique, les annonces concernent notamment le traitement des déchets, avec 225 millions d’euros de projets portés par IDEX. Un nouveau fonds doit aussi accompagner la croissance des entreprises ultramarines. Derrière les montants, une question : comment ces investissements changeront-ils la vie des territoires ?
Les milliards annoncés prendront leur valeur dans la vie quotidienne des territoires.
Derrière les milliards annoncés à Paris, il y a des sujets qui nous concernent de près. À commencer par ce que deviennent nos déchets. En Martinique, les projets présentés par IDEX représentent 225 millions d’euros, associant la modernisation de l’incinérateur de Fort-de-France, une troisième ligne et le centre de valorisation organique du Robert. Le montant ne concerne donc pas uniquement l’incinérateur, mais un ensemble d’équipements. Pour les habitants, l’intérêt ne se résumera évidemment pas au coût des installations : il faudra savoir ce qu’elles amélioreront, à quelle échéance et avec quelles conséquences pour le service rendu.
La diversité des projets présentés donne une idée de l’ambition du rendez-vous. À La Réunion, une usine de nanoparticules d’or destinées au traitement du cancer représente 43 millions d’euros. Au Moule, en Guadeloupe, un four à combustibles solides de récupération est annoncé pour 100 millions. Au total, 100 projets, publics et privés, ont été recensés pour près de six milliards d’euros. Ce chiffre mesure un ensemble de projets, pas une enveloppe nouvelle intégralement débloquée à l’issue de la journée. La distinction est importante : une annonce d’investissement ne signifie pas que les financements sont tous bouclés ni que les travaux peuvent commencer immédiatement.
Ne pas regarder seulement ce qui nous manque
La démarche défendue lors de Choose Outre-mer ne consiste pas à supprimer les soutiens existants. Il s’agit de compléter les politiques compensant l’éloignement, l’insularité ou l’étroitesse des marchés par davantage d’investissement. Autrement dit, ne plus regarder uniquement ce qui coûte plus cher dans les Outre-mer, mais aussi ce qui peut s’y produire, s’y inventer et s’y développer.
Pour un entrepreneur, cette distinction prend un sens très pratique. Une aide peut soulager une difficulté ; disposer de capitaux pour agrandir un atelier, développer un produit ou aborder un nouveau marché répond à une autre étape de la vie de l’entreprise. Encore faut-il trouver un partenaire prêt à accompagner cette croissance, avec des conditions adaptées à l’activité et suffisamment de temps pour laisser le projet faire ses preuves.
Un investisseur, pas une subvention
C’est précisément le rôle que veut jouer Outre-mer One. Géré par INCO Ventures, ce fonds vise une taille de 50 millions d’euros, avec un premier tour de table de 34 millions. Sur ce dernier montant, une nuance demeure : le ministère le présente comme annoncé, tandis que le communiqué de l’Agence française de développement le décrit encore comme un objectif, dans le cadre d’un fonds en cours de constitution.
L’idée reste claire : investir dans des entreprises économiquement solides dont l’activité apporte aussi un bénéfice social ou environnemental. Agriculture, eau, déchets, énergie, santé, logement et formation figurent parmi les secteurs ciblés. Il ne s’agit donc pas d’un guichet de subventions, mais d’un partenaire financier recherchant à la fois un rendement et une utilité pour le territoire. Pour l’entreprise accompagnée, l’enjeu est de pouvoir financer son développement sans être seule à en supporter le risque.
Le projet associe notamment l’État, la Banque des Territoires, le groupe AFD via Proparco, BRED Banque Populaire, EDF via SAFIDI et GBH. Outre-Mer Network participera au repérage des entreprises et à leur accompagnement après investissement. Le fonds doit couvrir l’ensemble des territoires ultramarins, avec un compartiment spécifique pour la Nouvelle-Calédonie.
Pour une PME martiniquaise, les prochaines questions seront très concrètes : comment présenter son projet ? Quelles entreprises seront retenues ? Selon quelles exigences et dans quels délais ? C’est aussi sur cette capacité à être accessible aux entrepreneurs que le dispositif sera attendu.
Il faudra aussi des salariés et des clients
Une entreprise ne grandit pas avec de l’argent seulement. Elle a besoin de compétences pour produire et de débouchés pour vendre. Les rencontres de recrutement organisées à Paris et dans cinq territoires ont réuni plus de 180 entreprises, autour de 1 000 offres d’emploi, et mobilisé 2 000 candidats. Des conventions avec France Travail et Business France doivent faciliter les recrutements et l’accès aux marchés extérieurs. À Mayotte, un accélérateur lancé avec Bpifrance doit accompagner quinze PME.
Le ministère annonce un suivi des projets et un rendez-vous annuel, avec une déclinaison en Nouvelle-Calédonie début 2027. Pour la Martinique, la suite mérite donc d’être suivie entreprise par entreprise, chantier par chantier. Quels financements seront effectivement engagés ? Quels contrats reviendront aux prestataires locaux ? Quels emplois seront créés ?
C’est là, dans un atelier qui s’agrandit, une embauche qui se concrétise ou un équipement qui entre en service, que ces annonces prendront tout leur sens. Les milliards donnent une mesure de l’ambition. Les réalisations diront ce que les territoires en auront gagné.





