227, 272, 213,7 millions d’euros : anatomie d’un passif qui change de nom et de montant selon les besoins de la communication politique
Sur cinq ans, la majorité Letchimy a avancé trois montants différents pour qualifier le passif laissé par la mandature d’Alfred Marie-Jeanne (2015-2021) qui ne renvoient à la même notion comptable ni à la même source. Trois objets distincts de la comptabilité publique,
Trois chiffres, quatre libellés
Trois montants ont été avancés : 227 M€ par Lucien Saliber en août 2024 (« déficit » du MIM, « gouffre vertigineux ») ; 272 M€ par Serge Letchimy en mars 2025, en réponse à Manuel Valls (« engagements non honorés ») ; 213,7 M€ enfin, dans la prospective financière 2026-2030 adoptée en plénière le 21 mai 2026 — des « engagements non financés » constatés en juillet 2021, « soit 22 % des recettes totales de fonctionnement ». En décembre 2023, un document officiel évoquant déjà « plus de 225 millions de factures non payées entre 2015 et 2021 ».
Ce que révèle la comparaison
Les trois chiffres tournent autour de 213 à 272 M€ : un même ordre de grandeur dont le libellé change : « déficit », « engagements non honorés », « engagements non financés », « factures non payées ».
Une tendance à la baisse, pas à la hausse
Le chiffre le plus récent et le plus institutionnel – 213,7 M€, issu de la prospective financière officielle de 2026 – est le plus bas des trois : inférieur de 13,3 M€ à celui de Saliber (227 M€) et de 58,3 M€ à celui de Letchimy lui-même (272 M€). Au lieu de converger dans le temps vers un montant stable et documenté, le chiffrage décroît,
Aucun audit indépendant cité
Aucune des trois annonces ne s’appuie explicitement sur un rapport de la Chambre régionale des comptes ou un audit externe daté et publié. Le montant de 213,7 M€ provient d’un document de prospective interne de la CTM (mai 2026) ; les deux autres, de déclarations orales ou de communiqués politiques. Au fur et à mesure de la prise en mains des questions budgétaires et financières de la collectivitépar la nouvelle majorité
C’est précisément l’angle de Michel Branchi, qui oppose à ces trois montants mouvants le seul document externe et daté disponible sur la période : le rapport d’observations définitives de la CRC (n° 2021-0641), daté du 21 mai 2021 et mis en ligne le 10 novembre 2021, débattu en plénière de la CTM les 28 et 29 octobre 2021. Ce rapport reconnaît – il est vrai -la maîtrise de gestion de la collectivité sur 2015-2020. S’y ajoute le compte administratif 2020, dernier de la mandature Marie-Jeanne, excédentaire de plus de 100 M€.
Une précision de date qui compte
On lit souvent « rapport de la CRC d’octobre 2021 ». C’est la plénière qui s’est tenue en octobre : le rapport, lui, est daté du 21 mai 2021. La distinction n’est pas cosmétique – elle situe le document externe avant la construction politique des chiffres de 227 puis 272 M€, et non après.
Une contradiction avec les comptes officiels
Daniel Marie-Sainte (camp Marie-Jeanne) rappelle que les comptes administratifs transmis au contrôle de légalité après 2021 affichaient des excédents constants : 33,9 M€ en 2021, 36,9 M€ en 2022, 18,9 M€ en 2023. Difficile, dès lors, de rattacher un déficit de 213 à 272 M€ à un exercice comptable précis et vérifiable.
Non étayée n’est pas inexistante
L’accusation d’un passif hérité de 213 à 272 M€ n’est pas étayée – ce qui ne prouve pas qu’il soit inexistant. Ce débat ne s’étant pas déroulé devant une instance qui aurait exigé la production de preuves.
par ailleurs, un rapport CRC sur 2015-2020 et des comptes excédentaires ne disent rien d’engagements constatés en juillet 2021, à la charnière des mandatures. Toutefois, tant qu’aucun camp ne produira pas le document daté et audité qui rattacherait ce passif à un solde vérifiable, tout peut être dit selon le coté où l’on se situe.





