Les plasticiens Habdaphaï et Martine Backer avec l’association Odys7 travaillent d’arrache-pied depuis de nombreuses années à la création d’un lieu qui soit à la fois espace de monstration, espace d’expérimentation et de sensibilisation à l’art, ouvert à tous et pour tous. Grâce au soutien de la Ville du Marin, c’est désormais chose faite, le tiers-lieu d’ATACM est né dans l’ancienne école de Cap Macré. Et les artistes martiniquais ont répondu massivement présent pour le lancement de ce lieu dans une exposition collective inédite et immersive qui s’ouvre au public à partir de ce jeudi 16 avril. Une exposition ponctuelle à ne pas rater puisqu’elle réunit les artistes les plus populaires de l’art contemporain martiniquais et caribéen, ainsi que quelques plasticiens émergents de la jeune garde. A découvrir du 16 au 19 avril prochain. Par la suite, les ateliers accueilleront le public du mercredi au samedi, ainsi qu’un dimanche par mois.

« Un nouvel espace dédié à l’art contemporain au cœur du territoire martiniquais »
C’est sur la base du volontariat des artistes et du travail acharné des fondateurs que ce projet a pu voir le jour. Loin d’une vision élitiste de l’art, il se veut ancré dans son territoire à la portée de tous. « Un lieu inédit, dédié à la création, à l’expérimentation et au dialogue entre artistes et public. » Ces ateliers d’artistes ouverts au public permettront de découvrir le processus créatif et de s’en inspirer. Ils proposent des salles d’exposition avec des collections permanentes et des expositions temporaires ; un espace dédié à la médiation culturelle et à la sensibilisation, animé par les artistes ; une exposition éphémère, « les murs de la création en partage », pensée comme un espace ouvert dans lequel l’art sort de ses cadres habituels. Il se veut aussi un lieu de convivialité qui favorisera les rencontres et les débats, un lieu d’ouverture à l’art contemporain pour la population locale, avec des rencontres d’artistes et des initiations aux pratiques artistiques.
Lors de cette exposition inaugurale immersive, « les artistes inviteront le public à explorer leurs univers, dans ce lieu où l’art sort de ses cadres traditionnels, pour investir l’espace et créer du lien ».
L’ancienne école de Cap Macré s’apprête ainsi « à écrire une nouvelle page de l’histoire culturelle martiniquaise » en accueillant ces ateliers « portés par une énergie collective et une vision audacieuse : faire de l’art un bien commun, vivant et accessible à tous ». Et puisque la transmission et le partage font partie des valeurs fortes au cœur de ce projet, l’exposition collective ouvre également ses portes à de jeunes artistes encore étudiants, dont l’une d’entre eux témoigne ici, de sa vision de l’art.
NL
Zoom sur la jeune garde
« La nuit de l’enfance. Installation 2025 »

Zoé Laulé, 21 ans, est étudiante en Master recherche et création contemporaine à l’université de Montpellier. Elle présente une installation, « La nuit de l’enfance », sur le processus du film d’animation, dans laquelle on découvre comment ses trente six dessins mis bout à bout forment une vidéo de trente secondes. Elle y parle d’une peur de petite fille sur un fond sonore de chants de grenouilles et de comptine haïtienne. Nous lui laissons la parole…
Trouver une espèce de faille spatiotemporelle dans la vie quotidienne pour être en harmonie avec ce qui m’entoure, par mes créations.
« Ce projet a eu lieu dans le cadre du cours d’art numérique, le sujet était libre donc J’ai décidé de parler de l’enfance, de mon enfance en Martinique et de la peur. Quand j’étais petite, j’ai été un peu effrayée par les contes et les légendes caribéennes notamment la légende du dorlis. On m’avait dit que pour ne pas se faire attraper par un dorlis la nuit, il fallait aller se coucher en mettant une culotte rouge et en ouvrant des ciseaux sous le lit. J’ai voulu mettre en image ce souvenir de manière assez enfantine, parce que c’est ce qui se rapproche aussi de mon style graphique de manière générale. C’est l’histoire d’une petite fille qui tous les soirs avant de se coucher, enfile une culotte rouge. Et qui espère de tout cœur, être protégée de la nuit et des créatures qui y vivent. Le thème de l’enfance m’intéresse particulièrement. Comme j’ai l’impression de ne pas avoir grandi, toutes mes créations tournent autour de l’enfance. Tous mes personnages sont des enfants, je ne dessine jamais de personnages adultes parce que je me retrouve en fait, c’est un peu comme si je me dessinais moi-même, sous plein de formes différentes, en fait je dessine un peu tous les aspects de ma personnalité. Depuis que je suis toute petite, je dessine des petites filles. Je dessinais des petites femmes à la tête carrée ! A présent, cela me ramène à une forme d’insouciance, dans un pays imaginaire. Dans le cadre de mon mémoire, je travaille sur la relation entre l’humain et le vivant. C’est aussi lié à l’enfance, lorsqu’on est enfant, on n’a pas conscience du monde qui nous entoure, on vit juste dans l’instant présent. Grandir c’est un peu le malheur, même si c’est aussi une chance, je suis perturbée par le fait que le lien avec le vivant se coupe en grandissant. Par exemple quand j’étais petite, je jouais tout le temps dans le jardin, je faisais des soupes avec des plantes et d’autres choses créatives. Et le fait de vivre en ville pour mes études dans ma vie quotidienne, me coupe de l’insouciance et de l’enfance, cela me coupe aussi du vivant parce qu’on vit dans un monde qui le veut. Lorsque l’on rentre dans Le monde des adultes, c’est comme si l’on perdait le lien à la vie, à la nature. On pense toujours à l’après. Il y a une dissociation entre soi et les choses qui nous entourent, ce qui n’est pas le cas dans l’enfance. La question que je pose dans mon mémoire est de savoir si l’art peut-être un moyen sensible de se reconnecter au vivant et à la nature. Parce que j’ai l’impression de l’avoir perdu ce lien malgré moi en grandissant. Pour le mémoire, j’expérimente des matériaux naturels, comme les peaux de fruits et de légumes pour créer des motifs et les reproduire, j’expérimente ce que je peux faire avec ce que je trouve dans la nature. Mon but n’est pas forcément de dire quelque chose ou de faire passer un message, c’est surtout une façon de réapprendre la lenteur, réapprendre la délicatesse. Et trouver une espèce de faille spatiotemporelle dans la vie quotidienne pour être en harmonie avec ce qui m’entoure, par mes créations. Être en harmonie avec la nature par mes créations, même si c’est compliqué en ville car on y oublie l’essentiel. J’y ressens du manque et j’ai besoin de me relier. Quand je rentre en Martinique, chez mes parents, je me recentre sur la petite moi, cela me relie à ma terre natale et à moi-même. »
Propos recueillis par Nathalie Laulé
Contact :
ATCM – Ateliers d’Art Contemporain du Marin
Ancienne école du Cap, direction Cap Macré
0596 696 48 88 62






