La Collectivité territoriale de Martinique mérite notre attachement pour de nombreuses raisons, la première carte qu’elle représente une part de notre capacité à décider ensemble. Elle nous engage à transformer la liberté séculairement revendiquée en responsabilité exercée. Cet attachement appelle par ailleurs une exigence constante envers ceux qui la dirigent.
« Aimer » une institution peut surprendre. Derrière ses budgets et ses procédures, une question nous concerne tous : quelle place voulons-nous prendre dans la conduite de nos propres affaires ? La CTM est l’un des lieux où se construit cette réponse. Elle donne une traduction institutionnelle à notre existence collective.
Une histoire de liberté conquise
Notre histoire porte les marques de l’esclavage et de la domination coloniale. Pendant des générations, une partie de la population a subi un ordre fondé sur l’inégalité et des décisions imposées. Mais elle a aussi résisté. Le soulèvement du 22 mai 1848 précipite la proclamation locale de l’abolition, le lendemain. Les Martiniquais ont contribué à transformer leur condition de soumission.
La départementalisation de 1946, portée notamment par Aimé Césaire et Léopold Bissol, ouvre une nouvelle étape dans la revendication d’égalité. La décentralisation de 1982 transfère ensuite l’exécutif départemental du préfet au président du conseil général. Des élus locaux prennent des responsabilités jusque-là exercées par le représentant de l’État.
La CTM prolonge cette conquête d’une capacité à agir. Issue du choix exprimé par les électeurs le 24 janvier 2010, elle est mise en place en décembre 2015 et réunit les compétences du département et de la région, dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. Son existence constitue un acquis démocratique, même si chacun reste libre de souhaiter une autre évolution institutionnelle.
Rapprocher les décisions de nos réalités
L’éloignement de l’État est aussi administratif. Les ministères arbitrent entre de nombreux territoires, selon des priorités nationales qui peuvent laisser insuffisamment de place aux particularités identitaires martiniquaises. L’insularité, le relief, les contraintes foncières et notre environnement caribéen doivent pourtant entrer dans la décision.
Les services de l’État présents sur place jouent un rôle essentiel. La déconcentration leur confie des pouvoirs et des moyens pour appliquer les politiques nationales. Ils demeurent cependant inscrits dans la hiérarchie de l’État. La décentralisation confie, elle, des compétences à des collectivités administrées par des élus.
La proximité d’un bureau ne garantit pas que tous les arbitrages puissent être rendus ici. Une déconcentration insuffisamment accompagnée de moyens ou de marges de décision entretient la distance qu’elle devait réduire. Une collectivité forte permet de formuler nos priorités et de négocier leur prise en compte, tandis que les obligations de l’État envers la population demeurent entières.
Penser le territoire dans son ensemble
La CTM répond à une nécessité pratique. Formation, développement économique, action sociale, équipements scolaires ou aménagement doivent être pensés en relation. Une formation est plus utile lorsqu’elle correspond aux activités que le territoire souhaite développer. L’accompagnement des personnes âgées engage aussi l’habitat et la mobilité.
Les communes, les intercommunalités et l’État conservent leurs responsabilités. La CTM offre un espace pour organiser, dans son champ de compétences, une vision d’ensemble. La Martinique a besoin de cette continuité au-delà des urgences et des échéances électorales.
La responsabilité se pratique
L’expérience martiniquaise de la gestion publique commence bien avant 2015. Des générations d’élus et d’agents ont acquis des savoirs dont la CTM doit tirer parti. Leur travail mérite une organisation efficace et des moyens adaptés.
La responsabilité engage aussi les citoyens. Nous souhaitons des aides adaptées, des services accessibles et des investissements utiles. Leur financement impose des choix. Un budget oblige à hiérarchiser les besoins, à expliquer les renoncements et à mesurer les conséquences des engagements pris.
Notre attachement doit rendre plus exigeants
Tenir à la CTM oblige à surveiller sa gestion. Les comptes doivent être compréhensibles, les décisions expliquées et les résultats évalués. Les contrôles appellent des réponses vérifiables. Un retard de paiement fragilise une entreprise ; une procédure trop longue peut compromettre le parcours d’un étudiant.
Les dirigeants doivent accepter la contradiction et rendre compte. Les citoyens doivent s’informer et participer. Nous pouvons combattre une politique, demander une alternance et rester attachés à l’institution commune.
La CTM appartient à tous les Martiniquais. Notre histoire nous a appris le prix des décisions imposées. Elle nous donne aujourd’hui une responsabilité : faire de celles que nous pouvons prendre ensemble des décisions justes, efficaces et dignes de la confiance de la population.
Gérard Dorwling-Carter




