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    Home » La Maison Gaston, ou la galerie sans murs qui fait voyager l’art créole
    Art/Culture

    La Maison Gaston, ou la galerie sans murs qui fait voyager l’art créole

    avril 29, 2026Aucun commentaire
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    Mixi, série Fwi ewotik, et l’autoportrait Naté Tèt, dans le cadre de l’exposition “Pays Mêlé – Empreintes et résilience”, crédit photo : Alex Avidi

    Fondée en 2021 par la Guadeloupéenne Christelle Clairville Pierre-Joseph, La Maison Gaston a accompagné une vingtaine d’artistes ultramarins dans 24 expositions et foires, de Paris à New Delhi, jusqu’à Los Angeles. À l’heure où des galeries établies ferment ou ralentissent, son modèle nomade interroge la place que peuvent prendre les territoires créoles dans le marché de l’art contemporain.

    Le constat est connu, mais les chiffres frappent à chaque rappel. Selon le Centre national des arts plastiques, les œuvres issues de Guadeloupe, de Martinique ou de La Réunion représentent à peine 0,2 % des acquisitions nationales. Les femmes, elles, ne pèsent qu’environ 2 % du marché de l’art contemporain mondial. Être artiste, femme et antillaise relève dès lors d’une équation à plusieurs inconnues. C’est précisément à cette équation que s’attaque, depuis quatre ans, La Maison Gaston.

    Lancée en pleine pandémie par une ancienne directrice marketing rentrée en Guadeloupe pour faire le point, la structure n’a, à l’origine, ni vitrine, ni adresse pignon sur rue. Juste une intuition : la difficulté qu’ont les artistes et artisans des Antilles à exister hors de leur territoire ne tient pas seulement au talent, elle tient à la circulation. Quatre ans plus tard, Christelle Clairville Pierre-Joseph revendique une vingtaine d’artistes représentés, 24 expositions et foires, et une présence qui s’étire désormais entre Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, Saint-Denis de La Réunion, Paris, New Delhi, New York et Los Angeles.

    Christelle Clairville poursuit son engagement dans le monde de l’art.

    Une galerie qui se déplace plutôt qu’elle n’attend

    Le modèle assumé par la fondatrice tranche avec celui de la galerie classique. Pas d’espace fixe à louer toute l’année, mais une plateforme numérique adossée à un calendrier d’expositions, de foires et de partenariats avec d’autres lieux. La structure a démarré comme galerie en ligne, avant de se déployer dans des salons et des manifestations professionnelles, du Salon Maison & Objet au Salon du Made in France, puis sur des rendez-vous internationaux comme « Art de vivre à la française » à New Delhi en 2024 et la foire AKAA à Paris en 2025.

    « Les artistes que je rencontrais subissaient une double peine : être basés aux Antilles, et souvent être des femmes »

    Cette agilité a un coût. Chaque exposition à Paris implique d’organiser une palette, des autorisations temporaires d’exposition et toute la paperasse douanière qui va avec. La fondatrice ne le cache pas : la logistique reste le talon d’Achille du modèle ultramarin. Mais elle considère aussi que c’est le prix à payer pour ne pas réduire les artistes créoles à un format unique. La Maison Gaston refuse en effet d’aligner ses expositions sur les codes esthétiques attendus du « tropical » : on y croise aussi bien des plasticiennes comme Alice-Anne Augustin, Gwladys Gambie ou Robert Manscour, exposés à AKAA sous le thème « Transmutation », que des artisans d’art travaillant des matières issues de l’archipel.

    L’Outre-mer comme laboratoire, pas comme angle mort

    La question posée par cette trajectoire dépasse le cas Gaston. Elle tient en une phrase : et si c’était depuis ces territoires longtemps perçus comme périphériques que s’inventaient aujourd’hui les formes les plus agiles de galeries ? L’hypothèse mérite d’être prise au sérieux. Quand des galeries hexagonales installées doivent affronter la hausse des loyers parisiens, la concentration du marché autour de quelques grandes maisons et la fatigue d’un public sursollicité, des structures comme La Maison Gaston partent, elles, d’une autre contrainte : celle d’avoir, dès l’origine, dû construire leur visibilité sans rente de localisation. Un marché lointain, des artistes éclatés sur plusieurs îles, une diaspora à activer dans l’Hexagone et au-delà : autant de paramètres qui poussent à inventer un modèle hybride, mi-galerie, mi-plateforme, mi-bureau d’export.

    « Nos îles peuvent devenir le point de départ de récits visuels uniques, plutôt qu’un décor exotique »

    Reste un fil conducteur revendiqué par la fondatrice : ne pas lisser. La Maison Gaston défend l’idée d’un art créole pluriel, traversé d’influences africaines, européennes, amérindiennes et asiatiques, et porteur d’une mémoire qui ne se laisse pas réduire à une carte postale. Sur le marché international, c’est paradoxalement cette singularité qui fait office de signature. Les acheteurs, à Paris, à New York comme à New Delhi, n’achètent pas un produit régional. Ils achètent une scène.

    Une trajectoire qui interroge le secteur

    Pour les artistes martiniquais et guadeloupéens, le passage par une structure de ce type pose plusieurs questions concrètes. Quelle protection contractuelle quand la galerie n’a pas de mur ? Quelle garantie de continuité quand le modèle économique repose sur une succession de foires ? Quelle articulation, enfin, avec les institutions locales et les dispositifs publics d’accompagnement à l’export, sans lesquels une telle internationalisation reste hors de portée pour la majorité des créateurs ? Ces questions, La Maison Gaston les affronte à mesure qu’elle grandit. Elles dépasseront sans doute, à terme, le périmètre d’une seule maison.

    Une chose est acquise : entre la Caraïbe, l’Hexagone, l’Afrique et l’Amérique, un écosystème se met en place. Et il a, pour partie, ses bureaux en Guadeloupe.

    Philippe Pied

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