Du 12 mai au 27 juin 2026, le photographe René-Charles Suvélor, alias Benny, investit L’Atrium avec Moun Isi (gens d’ici), une exposition qui rassemble un portrait, un paysage et un poème pour chacune des 34 communes de la Martinique. Trente-quatre visages connus ou anonymes, des paysages choisis et une bande sonore signée d’une ingénieure du son, accompagnés des slams personnalisés de l’artiste Yawa. Cuisinier de formation, photographe autodidacte depuis l’âge de 15 ans, comédien et animateur radio, Benny revient pour Antilla sur la genèse d’un projet hors-norme et invite les Martiniquais à venir en famille decouvrir cette traversée du pays. Entretien réalisé par Roland Dorival.

Benny, pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Mon seul diplôme, c’est un CAP de cuisine. Je l’ai passé à l’école hôtelière de la Martinique, qui était à l’époque la meilleure école de la Caraïbe. J’ai travaillé en restauration deux ou trois ans, puis je suis passé en cuisine de collectivité depuis 1985, pendant près de vingt ans. Un jour, un problème de santé m’a obligé à arrêter la cuisine. Entre-temps, je m’étais mis à la photographie en autodidacte, ainsi qu’au multimédia, et c’est ce qui m’a permis de rebondir. De fil en aiguille, je suis passé par l’animation podium pour la mairie, puis je suis devenu photographe au service communication de ma ville.
La photographie, c’est donc venu très tôt ?
Depuis l’âge de 16 ans. C’est ma passion première, c’est presque toute ma vie, ma force. Je suis surtout passionné de portraits. Sur les réseaux, je publie régulièrement un portrait du jour. C’est d’ailleurs de cette habitude qu’est née l’idée d’une exposition consacrée aux visages de la Martinique.

Comment l’idée de Moun Isi a-t-elle pris forme ?
C’est Emmanuel Cesaire qui m’a un jour proposé de monter une exposition à L’Atrium. J’ai réfléchi, j’ai cherché un fil, et je me suis dit : faisons un portrait par commune, soit 34 portraits pour les 34 communes de la Martinique. À partir de là, le projet s’est construit. J’ai sillonné l’île, du nord au sud, de Grand-Rivière au Diamant, des Anses-d’Arlet jusqu’à Saint Pierre, pour aller chercher ces visages et ces paysages.
Justement, l’exposition ne se limite pas aux portraits. Quel est le concept exact ?
À chaque commune correspond un triptyque. Un portrait grand format d’une personne de la commune. Un paysage de la même commune. Et un slam, un poème personnalisé, écrit pour chacune de ces 34 personnes par l’artiste Yawa. Chaque poème est unique, adressé à la personne photographiée. À cela s’ajoute une bande sonore : toutes les interviews que nous avons réalisées avec les 34 Martiniquais ont été montées par une ingénieure du son Yémendja. Le visiteur entre donc dans un univers complet : image, texte, son. Je n’en dis pas davantage, il faut venir voir.
Comment avez-vous choisi les 34 personnes ?
Je les ai choisies en fonction d’affinités, par rencontre. Certaines sont connues, d’autres pas du tout. Ce ne sont pas forcément les figures les plus médiatiques de chaque commune. C’est un choix personnel, qui dessine en creux la Martinique profonde, celle que l’on ne montre pas toujours.

Qui vous a accompagné sur la production ?
L’association 16 mètres carrés, avec Mylène Emica, a porté l’accompagnement et la production. Ce sont des jeunes engagés, vraiment au combat pour la culture en Martinique. Côté soutiens, nous avons été aidés par la DAC, par la CACEM, par la CTM, ainsi que par L’Atrium et Tropicarium. Sans eux, un projet de cette ampleur n’aurait pas vu le jour.
Vous êtes aussi connu comme comédien et animateur. Comment ces univers cohabitent-ils ?
La photo reste mon métier et ma priorité, mais j’ai effectivement toujours eu un pied dans le spectacle. J’ai animé une émission de blagues sur Martinique la 1ére, tous les midis avant le journal, pendant des années. J’ai aussi participé à À l’abordage, plus de dix-huit ans à l’antenne, tous les après-midi sauf samedi et dimanche avec Polo. J’ai fait du théâtre, des courts-métrages, et même des clips de chanteurs (gwo pwel), La Dernière Étoile.(le film)
Vous avez notamment travaillé avec Jean-Emmanuel Emile ?
Oui, avec Jean-Emmanuel Emile nous avons fait il y a plus de 22 ans crée Jistin et sisan ensemble. C’est lui qui écrivait les personnages et les textes, nous jouions ensemble, c’était une vraie complicité. On a aussi travaillé avec Asselin DEBEAUVILLE, Jannic DULIO. A la télé TCI Les choses se sont bien passées, mais aujourd’hui, faute de budget, les saisons s’arrêtent. La photo, elle, ne me quitte pas.
Aviez-vous déjà exposé en solo auparavant ?
Oui, ma première exposition s’appelait La Vision de Benny sur Fort-de-France Sermac. Ensuite, j’ai consacré une exposition aux centenaires de Fort de France, en noir et blanc. J’ai aussi participé au projet 1000 Murs et à plusieurs expositions collectives. Mais Moun Isi est, de loin, mon projet le plus ambitieux.
Que voulez-vous transmettre aux Martiniquais à travers cette exposition ?
Je veux qu’ils prennent conscience que ce pays est formidable. Que la Martinique, dans ses 34 communes, est riche de visages, de paysages, de récits. Nous, on est bien chez nous. Cette exposition, c’est une manière de le dire, de le montrer, et de partager. C’est pour cela qu’il faut venir en famille : il y a un poème, une photo, un paysage, un son. Il y en a pour tout le monde.

Les portraits seront-ils en vente sur place ?
Non, ce n’est pas une galerie marchande. Pour un portrait, on peut me contacter et je peux retirer une photo, mais l’exposition reste avant tout une exposition. Qui devrait d’être itinérante.
Un dernier mot pour celles et ceux qui n’ont pas encore prévu de venir ?
Venez, tout simplement. C’est à L’Atrium, du 12 mai au 27 juin 2026, tous les jours de 9 heures à 18 heures, et le samedi de 10 heures à 15 heures. L’entrée est entièrement gratuite. Venez en famille, prenez le temps. Moun Isi, c’est la Martinique qui se regarde dans le miroir.
Infos pratiques
Exposition : Moun Isi (gens d’ici), par Benny – René-Charles Suvélor
Lieu : L’Atrium, Fort-de-France
Dates : du 12 mai au 27 juin 2026
Horaires : du lundi au vendredi de 9h à 18h ; samedi de 10h à 15h
Tarif : entrée gratuite
Partenaires : association 16 mètres carrés, DAC, CACEM, CTM, L’Atrium, Tropicarium
Artistes associés : Yawa création poétique (slameuse), ingénieure du son pour le montage des interviews Yémendja :Scénographie : Johann POGNON






