Longtemps considérée comme une simple conséquence de mauvaises habitudes alimentaires, l’obésité est désormais pleinement reconnue comme une maladie chronique nécessitant un accompagnement médical durable. Avec la publication de la feuille de route nationale 2026-2030 et l’annonce du remboursement prochain de deux médicaments innovants, le gouvernement français engage une évolution importante de sa politique de santé publique. Une orientation qui pourrait également concerner les territoires ultramarins, particulièrement touchés par le surpoids et l’obésité.
L’obésité est devenue l’un des principaux défis sanitaires du XXIe siècle. En France, plusieurs millions de personnes vivent aujourd’hui avec cette maladie chronique qui augmente les risques de diabète, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires, de certains cancers et de nombreuses autres complications. Face à cette progression continue, le gouvernement a présenté en janvier dernier une nouvelle feuille de route pour la période 2026-2030 destinée à renforcer la prévention, améliorer le dépistage et faciliter l’accès aux soins.
Cette stratégie nationale repose sur une idée centrale : l’obésité ne peut plus être abordée uniquement sous l’angle du poids ou de l’alimentation. Elle doit être considérée comme une maladie complexe, influencée par des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, environnementaux et économiques. La feuille de route vise ainsi à proposer un accompagnement global, coordonné et inscrit dans la durée.
Quatre grands objectifs ont été fixés à l’horizon 2030. Le premier consiste à ralentir la progression de l’obésité tout en améliorant la santé des personnes concernées. Le deuxième vise à développer l’accès à des soins personnalisés de proximité. Le troisième concerne la formation et la sensibilisation des professionnels de santé. Enfin, le quatrième ambitionne de soutenir les parcours innovants et les nouvelles formes de prise en charge sur l’ensemble du territoire.
Parmi les mesures annoncées figurent notamment un meilleur repérage précoce de l’obésité dès l’enfance, le développement de parcours coordonnés renforcés pour les situations complexes, l’amélioration des données épidémiologiques et le renforcement des filières spécialisées autour des Centres Spécialisés de l’Obésité.
Mais l’annonce qui retient particulièrement l’attention concerne les traitements médicamenteux de nouvelle génération. À partir du 15 juin 2026, les médicaments Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide) devraient être remboursés par l’Assurance maladie pour certaines catégories de patients souffrant d’obésité sévère ou massive. Cette décision marque une rupture importante dans la prise en charge de la maladie en France.
Jusqu’à présent, ces traitements étaient disponibles uniquement sur ordonnance mais demeuraient entièrement à la charge des patients. Leur coût mensuel, pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros, limitait fortement leur accès. Désormais, leur remboursement devrait atteindre 65 % dans un cadre particulièrement encadré.
L’accès à ces médicaments restera cependant réservé aux personnes présentant une obésité sévère ou massive, généralement avec un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 35 associé à des complications médicales, ou supérieur ou égal à 40. Les autorités sanitaires souhaitent éviter les dérives et les usages à visée uniquement esthétique qui ont déjà été observés dans plusieurs pays.
Le gouvernement insiste également sur le fait que ces traitements ne constituent pas une solution miracle. Ils doivent s’intégrer dans une prise en charge globale comprenant suivi médical, accompagnement nutritionnel, activité physique adaptée et soutien psychologique lorsque cela est nécessaire.
Pour les territoires ultramarins, cette évolution pourrait revêtir une importance particulière. Les taux de surpoids, d’obésité et de diabète y sont souvent supérieurs à ceux observés dans l’Hexagone. En Martinique notamment, le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques renforcent les enjeux de prévention et d’accompagnement. L’amélioration de l’accès aux soins spécialisés et aux traitements innovants pourrait ainsi constituer un levier supplémentaire dans la lutte contre ces pathologies.
Avec cette feuille de route et l’ouverture du remboursement des nouveaux médicaments, les pouvoirs publics affichent une volonté claire : faire de l’obésité une priorité de santé publique à part entière et proposer des réponses plus adaptées à une maladie qui concerne désormais plusieurs millions de Français.
Et en Martinique ?
La Martinique figure parmi les territoires français les plus touchés par le surpoids, l’obésité et les maladies chroniques qui en découlent. Les données de l’ARS Martinique et de Santé publique France montrent qu’environ 53 % des Martiniquais sont aujourd’hui en situation de surpoids ou d’obésité, contre 47 % dans l’Hexagone. La proportion de personnes souffrant d’obésité atteint près de 20 % de la population adulte, soit un niveau nettement supérieur à la moyenne nationale.
Les femmes sont particulièrement concernées. Une Martiniquaise sur quatre âgée de plus de 15 ans est en situation d’obésité, contre environ 13 % des hommes. Cette différence constitue l’un des écarts les plus marqués observés dans les territoires ultramarins.
Le phénomène touche également les plus jeunes. Selon les données reprises par l’ARS Martinique, près d’un tiers des enfants de moins de 15 ans présentent déjà une surcharge pondérale, dont près de 10 % en situation d’obésité.
Les conséquences sanitaires sont importantes. La Martinique enregistre des taux particulièrement élevés de diabète, d’hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires. En 2025, Santé publique France estimait que 12 % des Martiniquais se déclaraient diabétiques, soit l’une des prévalences les plus élevées de France. Plus de 30 % des adultes déclarent également souffrir d’hypertension artérielle.
À RETENIR
- Près de 6 Martiniquais sur 10 sont aujourd’hui en surpoids ou obèses.
- Plus d’une femme sur trois est concernée par l’obésité.
- Plus d’un enfant sur trois présente une surcharge pondérale.
- La Martinique affiche des niveaux nettement supérieurs à ceux observés dans l’Hexagone, où l’obésité concerne environ 17 % des adultes.
Source : Enquête KANNARI (Santé publique France, ARS Martinique, Observatoire de la Santé de Martinique), données de référence les plus complètes disponibles sur le territoire.
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette situation : évolution des habitudes alimentaires, consommation importante de produits ultra-transformés, sédentarité croissante, vieillissement de la population, mais aussi facteurs sociaux et économiques qui compliquent l’accès à une alimentation équilibrée et à une pratique régulière d’activité physique.
Dans ce contexte, la feuille de route nationale 2026-2030 et l’arrivée du remboursement des nouveaux traitements contre l’obésité pourraient représenter une opportunité importante pour la Martinique. Encore faudra-t-il que les filières locales de prise en charge, médecins, nutritionnistes, psychologues, éducateurs sportifs et structures spécialisées disposent des moyens nécessaires pour accompagner durablement les patients concernés.






