Yan Monplaisir est un homme de qualité. Il a le sens de l’entreprise, le courage et la ténacité politique -cette capacité rare à s’engager dans la durée pour la Martinique, sans se ménager. C’est précisément pour cela qu’il est indispensable de lui dire certaines vérités. Son dernier communiqué nous y oblige. Car le politique qu’il veut être ne saurait sombrer dans la basse politique, ni profiter de la situation économique désastreuse de la Martinique pour semer davantage le trouble et le désarroi à coups d’ accusations erronées. Cest au nom de ce que l’on attend de lui que ces lignes sont écrites
Le communiqué de la Fédération martiniquaise des Républicains, signé le 16 juillet 2026 par Yan Monplaisir et Jonathan Tabar, appelle à la « démission collective de l’exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique » au nom de la transparence et de la restauration de la confiance.
La solennité du ton et l’exigence de « clarté sur les responsabilités » méritent d’être prises au mot – car appliquées avec constance, elles se retournent d’abord contre l’un des signataires.
Un architecte du premier mandat, pas un observateur extérieur
Yan Monplaisir n’est pas un observateur extérieur de la CTM. Il en fut l’un des architectes du premier mandat. Élu conseiller territorial le 13 décembre 2015, tête de liste « Ba péyi-a an chans »,
il rejoint l’alliance de gestion nouée avec Alfred Marie-Jeanne et devient, le 18 décembre 2016, premier vice-président de la Collectivité Territoriale de Martinique.
Il occupe cette fonction – la plus élevée après celle du président du conseil exécutif – pendant la quasi-totalité de la mandature 2015-2021, celle-là même qui a installé l’architecture financière dont la CTM subit aujourd’hui les effets.
Ce n’est que « depuis de longs mois », selon ses propres termes de 2021, qu’il avait « pris ses distances » avec Marie-Jeanne, avant de faire connaître sa candidature lors de prochaines élections territoriales , sans jamais contester avant cette rupture tardive les orientations budgétaires de la collectivité qu’il co-dirigeait.
On ne peut réclamer « toute la lumière sur les responsabilités » sans accepter que cette lumière éclaire aussi la période 2016-2021.
Une dette que personne ne conteste – et qu’il a contribué à creuser
Or c’est précisément cette mandature qui a légué à l’exécutif suivant un déficit qu’aucun acteur, y compris aujourd’hui les Républicains, ne peut contester.
Le déficit hérité de 2021, chiffré à 213,7 millions d’euros, n’est pas né sous la présidence Letchimy : il s’est constitué durant les années où Yan Monplaisir siégeait au premier rang de la gouvernance, disposait des attributions d’un premier vice-président et partageait la responsabilité collégiale de l’action publique territoriale.
De même qu’il ne découle pas d’une mauvaise gestion de gouvernance Marie-Jeanne, mais de la structuration budgétaire de cette collectivité comme nous nous égosillons avec d’autres à l’expliquer.
Il y a là plus qu’une contradiction de circonstance. Le communiqué érige la démission en « seule issue responsable » et en « acte fort de responsabilité politique ».
Si l’on suit cette logique jusqu’au bout, elle devrait s’appliquer d’abord à ceux qui, ayant exercé le pouvoir au moment où la dette se creusait, n’ont ni corrigé la trajectoire ni assumé publiquement leur part avant que la crise n’éclate.
La responsabilité politique que Yan Monplaisir invoque contre l’exécutif actuel est un principe qui ne se fractionne pas selon les mandatures : soit elle vaut pour tous ceux qui ont gouverné la CTM depuis 2015, soit elle n’est qu’un instrument tactique.
Le compétiteur et le diagnostic
On ajoutera que le président de la Fédération LR est aussi candidat déclaré à la présidence du conseil exécutif de la CTM. Un appel à la démission collective de l’exécutif en place, formulé par un compétiteur qui a échoué à franchir le seuil des 5 % en 2021 – 4,68 % pour la liste « Mi Chans Matinik » – relève autant de la stratégie de reconquête que du diagnostic institutionnel désintéressé.
Cela ne disqualifie pas la démarche : un opposant a pleinement le droit de demander des comptes. Mais cela interdit de la présenter comme une exigence morale au-dessus des intérêts partisans.
La vérité qui engage celui qui la réclame
La situation de la CTM est réelle, sérieuse, et mérite un débat exigeant. Mais un débat exigeant commence par une règle simple : celui qui réclame la vérité sur les responsabilités doit accepter d’y figurer. Yan Monplaisir a co-gouverné la collectivité qui a laissé une dette que personne ne conteste. Avant d’exiger le départ des autres, il lui revient d’expliquer aux Martiniquais ce qu’il a fait – et n’a pas fait – lorsqu’il était, lui, aux commandes.
21 juillet 2026.
Gérard Dorwling-Carter





