Les sargasses ne sont pas seulement un sujet d’expertise scientifique ou de gestion administrative. Elles sont aussi, pour de nombreux habitants, une réalité quotidienne faite d’odeurs, d’inquiétudes sanitaires, de dégradation du cadre de vie et d’interrogations sur les responsabilités publiques.
À la suite de l’intervention du professeur Pascal Saffache sur Martinique la 1ère, le 28 mai, Catherine Jean-Baptiste nous a adressé cette contribution. Elle ne vise pas à disqualifier une parole scientifique reconnue, mais à élargir le débat en rappelant que les échouements de sargasses concernent périmètre » qui va bien au-delà des seules zones les plus visibles du littoral. À travers plusieurs références scientifiques et juridiques, elle invite à considérer ces algues comme une pollution lorsqu’elles concentrent des substances plus que préoccupantes, et interroge la réponse des autorités face à un phénomène d’ampleur et désormais récurrent.
Cette contribution est publiée comme une opinion argumentée. Elle engage son auteure et vise à nourrir le débat public sur la gestion des sargasses en Martinique. Antilla rappelle l’importance de confronter les points de vue, dans le respect des personnes, des travaux scientifiques et de l’expérience vécue par les populations concernées.
Est-il urgent de ne rien faire et laisser les algues Sargasses arriver sur nos côtes ?
par Catherine Jean-Baptiste
Nous répondons :
« Les Sargasses sont une POLLUTION »
Principaux constats :
- L’arsenic est l’élément le plus préoccupant, notamment sa forme inorganique très toxique.
- Les sargasses sont bio accumulatrices efficaces : elles concentrent les polluants marins via les alginates présents dans leur structure.
- En compost ou amendement agricole, le relargage de métaux lourds est démontré, avec transfert vers légumes ou contamination de sols.
- Les concentrations mesurées dépassent régulièrement les normes, si usage envisagé (compost, valorisation animale, alimentation).

Concernant la problématique Chlordécone et son accumulation par les sargasses
Le Parc naturel marin de Martinique a réalisé des expérimentations en 2021 sur des barrages de rétention entre Le François et Le Vauclin. Ces travaux montrent que les sargasses accumulent activement la chlordécone lors de leur dérive vers les zones côtières polluées :
« il a été démontré que les algues absorbent le chlordécone présent dans les eaux en proche côtier » https://parc-marin-martinique.fr/actualites/etude-sur-la-contamination-des-sargasses-par-le-chlordecone
… et avec le risque de pollution des sites de stockage
Le BRGM, dans une étude de 2022, signale que les sites d’épandage en arrière-plage contiennent parfois des concentrations de chlordécone. La lixiviation basique des sargasses dégradées peut causer la remobilisation ou le transfert de chlordécone vers les sols et eaux environnants.
Et que répondent les autorités en charge de la qualité de notre environnement ?
–« ces algues sont naturelles donc on ne peut activer un POLMAR », ou tout autre dispositif adapté à la situation »
…et si alors elles s’échouent ? :
–« …mais, ce sont des déchets, ce sont donc les collectivités locales qui doivent gérer au regard de leurs compétences »
…bafouant ainsi la Loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 (Charte de l’environnement )
Extraits :
« Que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ; »(…)
« Article 1er. Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
Article 2. Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.
Article 3. Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.
Article 4. Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi.
Article 5. Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
….»





