La production agricole martiniquaise «ne suffit pas » pour la souveraineté alimentaire du territoire
Premier volet d’une série qu’Antilla poursuit sur la thématique de la souveraineté alimentaire martiniquaise. On entend dire, depuis quelques années, que produire local « ne suffirait pas ». La formule a l’élégance des évidences et le confort des renoncements. Avant d’instruire les pistes concrètes, ce premier article revient sur ce que ce constat dit vraiment, et sur ce qu’il ne dit pas.
Il est une petite musique qui traverse, depuis quelques années, le débat martiniquais sur l’alimentation : produire localement ne suffirait pas.
La formule a l’élégance des évidences et le confort des renoncements. Elle dit vrai sur le constat, mais égare sur la conclusion qu’on lui prête trop souvent : celle d’une impasse.
Car ce qu’elle décrit n’est pas un mur. C’est une chaîne inachevée, dans laquelle la production agricole existe sans toujours trouver son débouché, sa transformation, son prix juste ou son marché.
La dépendance alimentaire des territoires ultramarins demeure considérable.
Selon une synthèse publiée par Vie publique, les territoires ultramarins concernés importaient, en 2022, entre 76 % et 98 % de leur alimentation. Cette donnée doit toutefois être maniée avec précision : elle concerne les territoires ultramarins dans leur ensemble et ne constitue pas un taux uniforme applicable à chaque filière martiniquaise.
Une étude publiée en mai 2025 dans la revue Nature Food apporte un autre éclairage.
Sur les 186 pays étudiés, le Guyana est le seul à atteindre un niveau de production suffisant dans les sept groupes alimentaires retenus par les chercheurs. Ce résultat ne signifie pas que le pays serait totalement indépendant des échanges internationaux. L’étude mesure une capacité productive comparée à des recommandations alimentaires, et non une autarcie absolue.
Le Guyana n’est d’ailleurs pas un modèle directement transposable à la Martinique.
C’est un État souverain, doté d’une superficie et de ressources foncières sans commune mesure avec celles de l’île. La Martinique est une région ultrapériphérique française, soumise au droit européen, mais bénéficiaire de dispositifs financiers spécifiques tels que le FEADER, le FEDER, le POSEI et France 2030.Cette situation constitue une contrainte insulaire. Elle représente aussi un levier statutaire.
La véritable question n’est donc pas de savoir si la Martinique peut « tout produire ».
Elle est de déterminer si elle saura organiser le passage du champ à l’assiette – en pilotant la chaîne de valeur : Financement, formation, R&D, production, transformation, distribution et gouvernance, comme les maillons d’un même système.





