Après avoir montré que le Guyana est devenu le seul pays au monde capable de couvrir les sept grands groupes alimentaires grâce à sa propre production, Mikaël Glondu-Monnerviille pose la question: question s’impose : pourquoi la Martinique, pourtant dotée d’un climat favorable et de terres agricoles, demeure-t-elle aussi dépendante des importations ? L’analyse met en évidence une série de blocages économiques, fonciers, culturels et institutionnels qui expliquent cette vulnérabilité.
Une dépendance devenue structurelle
La Martinique ne produit aujourd’hui qu’une part limitée de son alimentation. Les légumes, les fruits, les viandes, les poissons ou encore les aliments destinés à l’élevage proviennent majoritairement de l’extérieur. Selon les filières, la dépendance atteint entre 76 % et 98 %, révélant un modèle économique construit au fil des décennies autour des importations plutôt que de la diversification agricole.
Le poids des habitudes alimentaires
La souveraineté alimentaire ne dépend pas seulement de la production. Les études citées montrent que les Martiniquais consomment davantage de produits transformés, moins de fruits et moins de produits laitiers que les habitants de l’Hexagone. Développer une production locale suppose donc aussi de réconcilier consommateurs et produits du territoire, en améliorant leur accessibilité, leur valorisation et leur présence dans les circuits de distribution.
Des contraintes, mais aussi des atouts
Contrairement au Guyana, État souverain, la Martinique agit dans le cadre des règles françaises et européennes. Cette situation limite certaines marges de manœuvre, mais elle offre également un accès privilégié à des financements importants comme le POSEI, le FEADER ou le FEDER. Le véritable enjeu n’est donc pas de reproduire le modèle guyanien, mais d’utiliser plus efficacement les outils déjà disponibles pour bâtir une stratégie adaptée aux réalités martiniquaises.
Une transformation qui dépasse l’agriculture
Au-delà des chiffres, cette dépendance interroge le modèle de développement de l’île. Produire davantage localement suppose de repenser l’utilisation du foncier, de soutenir les producteurs, d’organiser les filières, mais aussi de faire évoluer les comportements alimentaires. La souveraineté alimentaire apparaît ainsi moins comme un objectif agricole que comme un véritable projet économique, social et culturel pour la Martinique.