Les grands incendies de l’été ont donné lieu à de nombreux commentaires. L’un des plus stimulants est celui publié dans l’éditorial du Figaro. Au-delà des flammes, son auteur rappelle une évidence : « Personne n’éteint un incendie depuis la capitale. » Une phrase simple, mais qui dit beaucoup de notre manière d’organiser l’action publique.
Lorsqu’une catastrophe survient, l’État est indispensable.
Il coordonne, mobilise les moyens nationaux, garantit la solidarité. Mais ce sont les femmes et les hommes du terrain qui prennent les décisions décisives : les sapeurs-pompiers, les maires, les agriculteurs, les bénévoles. Leur efficacité tient à une chose : ils connaissent leur territoire.
Pourquoi cette évidence disparaîtrait-elle dès qu’il est question du développement des territoires ultramarins ?
À près de 8 000 kilomètres de Paris, la Martinique vit chaque jour les conséquences d’une organisation où la responsabilité est locale mais où les normes demeurent largement centralisées. Les élus sont jugés sur la qualité de l’eau, les transports, l’aménagement, le logement, le développement économique ou la transition énergétique. Pourtant, ils restent souvent enfermés dans des procédures longues, des autorisations multiples et des réglementations conçues pour des réalités qui ne sont pas les leurs.
Le résultat est connu : une décision retardée devient parfois une décision inutile.
Une norme uniforme finit par produire des effets inégaux. Et l’on reproche ensuite aux collectivités leur manque de réactivité alors même qu’elles ne disposent pas toujours des instruments nécessaires pour agir.
Il ne s’agit pas d’opposer Paris à la Martinique.
Il ne s’agit pas davantage de réclamer un effacement de l’État. L’État demeure le garant de l’unité nationale, de l’égalité devant la loi et de la solidarité. Mais un État moderne est aussi celui qui sait distinguer ce qui doit être décidé au niveau national de ce qui peut être mieux décidé localement.
L’article 73 de la Constitution l’a déjà admis avec les habilitations permettant d’adapter certaines normes. L’accord-cadre conclu entre l’État et la Collectivité territoriale de Martinique le 1er juillet 2026 s’inscrit dans cette même logique : reconnaître qu’un territoire insulaire ne se gouverne pas exactement comme un département continental.
Au fond, la question est moins juridique que politique.
Gouverner, c’est accepter de faire confiance. Si l’on fait confiance aux acteurs locaux pour sauver une forêt, pourquoi hésiter à faire confiance aux élus pour adapter les règles qui permettront de développer leur territoire ?
Le véritable enjeu du pouvoir normatif local n’est pas de créer une République différente. Il est de rendre la République plus efficace. La confiance n’est pas l’abandon du contrôle ; elle est le complément naturel de la responsabilité.
Les incendies auront peut-être laissé une leçon durable. On ne protège pas une forêt depuis un bureau parisien. De la même manière, on ne construit pas l’avenir de la Martinique uniquement depuis les ministères.





