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    Home » Réconcilier autonomie alimentaire et stratégie d’export : les Antilles françaises à la croisée des chemins agricoles
    Repère

    Réconcilier autonomie alimentaire et stratégie d’export : les Antilles françaises à la croisée des chemins agricoles

    août 8, 2026Aucun commentaire
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    Héritée d’une histoire coloniale tournée vers l’exportation, l’agriculture antillaise peine aujourd’hui à concilier souveraineté alimentaire et compétitivité sur les marchés extérieurs. À l’heure où la crise sanitaire a révélé la vulnérabilité des approvisionnements mondiaux, la question de l’autonomie alimentaire s’impose comme une priorité stratégique pour les territoires ultramarins.

    Héritage colonial et dépendance alimentaire

    Longtemps structurée autour de la canne à sucre, du rhum et de la banane, l’agriculture des Antilles françaises a été pensée pour répondre aux besoins des marchés extérieurs, au détriment de la satisfaction des besoins locaux. Si les populations locales ont maintenu une agriculture vivrière, souvent cantonnée au jardin créole, la logique d’exportation a perduré, traversant les époques et résistant aux mutations économiques et sociales.

    La pandémie de Covid-19 a brutalement rappelé la fragilité de cette organisation. Ruptures d’approvisionnement, tensions sur les marchés mondiaux : l’autonomie alimentaire est redevenue un enjeu majeur, appelant à un recentrage des politiques agricoles sur la satisfaction des besoins locaux.

    Un équilibre à repenser entre production locale et exportation

    L’enjeu, désormais, est de dépasser l’opposition entre souveraineté alimentaire et stratégie d’export. Il s’agit de réorienter la production agricole vers la satisfaction des besoins des populations ultramarines, tout en développant une filière exportatrice pour les excédents, notamment en fruits et légumes, bruts ou transformés. Cette double ambition suppose une adaptation des infrastructures logistiques et des dispositifs d’aide, ainsi qu’un engagement politique fort pour doter les entreprises agricoles des moyens nécessaires à leur développement sur les marchés nationaux et européens.

    Les réalités contrastées de la Guadeloupe et de la Martinique

    En Guadeloupe, la surface agricole utile (SAU) dédiée à la diversification végétale permettrait, selon les estimations, de dégager un excédent annuel de plus de 25 000 tonnes de fruits et légumes, après satisfaction des besoins locaux. À l’inverse, la Martinique, dont la SAU est largement monopolisée par la banane, ne parvient qu’à peine à couvrir sa propre consommation, ne dégageant qu’un maigre excédent structurel.

    Ce constat met en lumière l’inégalité des modèles agricoles et la nécessité, pour la Martinique, d’engager une reconversion partielle de ses terres bananières vers des productions vivrières et maraîchères. Il ne s’agit pas d’opposer banane et diversification, mais d’organiser une transition progressive, encadrée et soutenue par les dispositifs existants, tels que le POSEI.

    Diversifier pour résister : une stratégie de résilience

    L’ouverture à l’exportation des fruits et légumes tropicaux, adossée à une reconversion planifiée des surfaces bananières, répond à un double impératif : conquérir de nouveaux marchés tout en sécurisant l’économie locale face à la vulnérabilité de la monoculture. Les épisodes récents, qu’ils soient sanitaires ou climatiques, ont démontré la fragilité d’une filière dépendante d’un seul produit. La diversification apparaît dès lors comme un levier de résilience, à condition d’être accompagnée d’une stratégie d’export structurée, capable d’absorber les excédents et de stabiliser les revenus agricoles.

    Le défi logistique du transport aérien

    La compétitivité des filières d’exportation antillaises se heurte toutefois à un obstacle majeur : le coût du transport, en particulier aérien. Si l’aide publique couvre une large part du fret maritime, le transport aérien, indispensable pour les produits les plus fragiles, reste largement à la charge des producteurs. À titre d’exemple, le coût du fret aérien pour un melon antillais atteint 3,20 euros le kilo, bien au-delà des prix pratiqués par la concurrence internationale.

    Pour remédier à cette distorsion, la création d’un index de vulnérabilité logistique est proposée. Celui-ci permettrait de cibler les aides publiques en fonction de la fragilité des produits, allant jusqu’à couvrir 90 % du coût réel du fret aérien pour les productions les plus sensibles. Une telle mesure favoriserait la diversification des filières à l’export, la valorisation des productions locales et la création d’emplois dans la logistique.

    Vers une subvention à la commercialisation des produits tropicaux

    Au-delà du transport, l’accès aux marchés nationaux et européens nécessite un accompagnement public renforcé. Une subvention spécifique à la commercialisation des fruits et légumes tropicaux, bruts ou transformés, est ainsi envisagée. Calculée à hauteur de 10 % de la valeur des produits exportés, majorée en cas de transformation locale, elle viendrait compléter les dispositifs existants et corrigerait les handicaps structurels liés à l’éloignement géographique.

    Une opportunité politique et législative

    L’ensemble de ces mesures devrait s’inscrire  dans le cadre du projet de loi contre la vie chère, actuellement porté par le gouvernement. Il s’agit d’une occasion inédite de refonder le modèle agricole ultramarin, de renforcer la justice territoriale et de donner aux producteurs antillais les moyens de rayonner sur les marchés nationaux et européens. À terme, cette stratégie pourrait préfigurer une réforme ambitieuse du POSEI, que la France serait en mesure de défendre auprès de la Commission européenne.

     

    La réconciliation entre souveraineté alimentaire et compétitivité à l’export n’est pas une contradiction, mais une nécessité pour les Antilles françaises. En inscrivant ces orientations dans la loi, la France affirmerait sa volonté de soutenir une agriculture ultramarine innovante, durable et intégrée, à même de répondre aux attentes des consommateurs et de garantir la résilience économique de ses territoires d’outre-mer.

    Gérard Dorwling-Carter

    Ps: Les données techniques de cet article ont été fournies par un spécialiste des agricultures des Antilles françaises. 

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