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    Home » Sargasses : « Cela ne peut plus continuer ainsi ». Le cri d’alarme d’une riveraine de la côte atlantique
    Ecologie / Environnement Kréyolad

    Sargasses : « Cela ne peut plus continuer ainsi ». Le cri d’alarme d’une riveraine de la côte atlantique

    juin 8, 2026Mise à jourjuin 8, 2026Aucun commentaire
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    Alors que l’État prépare actuellement le troisième Plan national de prévention et de lutte contre les sargasses et mène depuis plusieurs semaines une concertation publique en Martinique, de nombreux habitants des zones les plus exposées continuent de dénoncer une situation qu’ils jugent devenue insupportable.

    Dans cette tribune, publiée sous les initiales MOB, habitante de la côte atlantique martiniquaise, l’auteure s’appuie à la fois sur son vécu quotidien, sur des données officielles et sur diverses publications scientifiques pour exprimer son inquiétude face aux conséquences sanitaires, environnementales et sociales des échouements massifs de sargasses. Elle appelle les pouvoirs publics à faire de la protection des populations une priorité du futur Plan Sargasses III.

    Philippe Pied


    A la veille de la publication  d’un troisième plan sargasses,..

    Mesdames, Messieurs,

    Ça ne peut pas continuer ainsi !

    Il n’est pas possible de continuer d’endurer la situation que nous vivons jour après jour : s’endormir dans le gaz H2S, se réveiller dans le gaz H2S, vivre dans le gaz H2S avec des maux de tête, des maux de ventre, des nausées, des vomissements, les yeux qui brûlent, la gorge irritée, des irritations aux poumons, absorber des antihistaminiques, des vasodilatateurs, des antidouleurs à longueur de temps…

    Ce que je vous décris là, Mesdames, Messieurs, c’est ce que décrit le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) dans ses avis depuis 2012 – les effets à basse dose chronique sont (20 mai 2016 notamment) :

    • Troubles digestifs : nausées, vomissements,  
    • Douleurs abdominales 
    • Troubles neurologiques : maux de tête, vertiges, fatigue, troubles de la concentration  
    • Irritations : yeux, nez, gorge…  

    C’est exactement la triade : ventre + vertiges + nausées. Ceci a été appelé « toxidrome sargasses décrit dans des publications scientifiques du Professeur Résière  (CHUM, président du CRPPE) et son équipe.

    Les Agences Régionales de Santé (ARS) de Martinique et Guadeloupe écrivent  sur les fiches « Sargasses et Santé »  (accès grand public)

    « Les gaz émis H2S et NH3 peuvent provoquer : maux de tête, nausées, vomissements, vertiges, irritations yeux/gorge, fatigue« … ainsi que le risque d’une prééclampsie beaucoup plus précoce donc plus grave chez le nouveau-né… et bien d’autres symptômes…

    Ils parlent aussi de « symptômes qui disparaissent à l’éloignement de la zone d’échouage. Donc le lien exposition/symptôme est reconnu par l’ARS.

    L’exposition est prouvée : Madininair constate 913 dépassements du seuil de 1 ppm (le taux doit être inférieur à 0,03 ppm) H2S en 2025 avec des pics de concentration jusqu’à 11,73 ppm, qualifiés par le réseau de « pics de pollution« .

    Les symptômes sont reconnus : L’ARS et le HCSP  les listent.

    L’ETAT ne peut pas dire : « on ne connaissait pas les effets ». L’ARS informe la population depuis 2015. Le corps médical du comité scientifique du CHUM réclame l’application du principe de précaution et de prévention depuis 2018 !

    Le lien d’imputabilité est établi scientifiquement.

    L’urgence est caractérisée : l’exposition se poursuit et les troubles s’aggravent.

    L’ ETAT doit prendre toute mesure utile pour faire cesser l’exposition.

    Or, voilà que le Président du Conseil Scientifique et Technique instance consultative composée d’experts, adossé au GIP Sargasses Martinique déclare publiquement au journal télévisé du 28 mai 2026 que « l’année  est extrêmement riche en sargasses. Il faut qu’on s’habitue à ce type d’année un peu  record »… Il faudra mettre en place un certain nombre de mécanismes pour peut-être évacuer les côtes et donc essayer quand c’est possible d’occuper l’intérieur des terres… En Martinique on a 34 communes dont 27 communes littorales. Les sargasses nous imposent de repenser notre mode de développement… balnéaire. Il faut fondamentalement repenser l’activité touristique…, mettre beaucoup plus l’accent sur le tourisme vert, sur un tourisme de nature”…

    Ces propos tenus sont hors sujet : le sujet c’est la vie et la santé de Martiniquais(es) aujourd’hui. Le sujet, c’est l’urgence sanitaire et environnementale.

    Venons-en maintenant au fond du problème :

    Le Code de l’environnement art L 541-1-1 stipule qu’un déchet est « toute substance dont le détenteur se défait ou a l’intention de se défaire ».

    Si l’on suit les propos de M. SAFFACHE (dont il a écrit par la suite que c’était la position de l’ETAT) « Les algues sargasses ne sont pas considérées comme une véritable ”pollution » mais comme des déchets, cela implique que, quand les sargasses pourrissent sur le sol, les communes les ramassent, les évacuent, les enfouissent.  Elles les traitent comme des déchets.

    Donc pour les collectivités locales, au regard de leurs compétences : déchet = obligation de ramassage et traitement.

    Or la Cour de Justice de l’Union européenne considère que des substances naturelles peuvent devenir une pollution si elles causent un dommage à la santé et à l’environnement. Cela n’est pas contestable :

    • Les études scientifiques démontrent que les algues Sargasses, dérivant aux abords des côtes, sont chargées en métaux lourds (Arsenic, Cadmium, Plomb…) ;
    • l’ARS reconnaît le phénomène comme une « pollution atmosphérique ».
    • Etc,…

    L’État a une obligation de résultat en matière de santé publique (article L2211-1 du Code Général des Collectivités Territoriales).

    L’inaction, ou l’action notoirement insuffisante,  de l’État peut être qualifiée de fautive.

    L’Etat joue là sur 2 tableaux :

    1) Ce sont des déchets → compétence des communes pour le ramassage

    2) Ce n’est pas de la pollution industrielle → donc pas de responsabilité de l’État.

    Or,

    L’État ne peut pas dire dans un raccourci extrêmement contestable « c’est naturel donc pas une pollution » alors que :

    1) l’organisme agréé par lui-même, Madininair parle de « pics de pollution, »

    2) surveille cela comme de la pollution de l’air avec des seuils définis par le HCSP (Haut Conseil de la santé publique) ,

    3) qui reconnaît que c’est un « gaz toxique » avec « impacts sanitaires ».

    Moi, je dis : ce sont des algues qui arrivent polluées, qui si on les laisse s’échouer et pourrir sur place, deviennent des déchets qui génèrent une pollution atmosphérique à l’H2S (et peut-être bien d’autres gaz toxiques) et dont les lixiviats sont une pollution possiblement durable de l’environnement …  et je dis que l’État ne met pas les moyens adaptés à la hauteur du drame qui se joue pour empêcher cette pollution malgré son obligation de protéger l’environnement et la santé.

    Il faut que l’État fasse en sorte de stopper cette pollution par les moyens adaptés dans chaque commune de la Martinique impactée.

    En effet, cela ne peut plus durer :  

    • En même temps, les communes sont asphyxiées par le budget Sargasses ;
    • En même temps, les populations sont asphyxiées par l’absence de barrages sur de nombreux sites ;
    • En même temps, les populations sont asphyxiées par les déchets stockés dans des zones d’habitat dense ;
    • En même temps, elles sont asphyxiées par l’absence de collecte au vent des barrages entrainant leur rupture et l’échouement sur le rivage.
    • En même temps, le ramassage à terre par l’association Hommes et Territoire, ressemble au tonneau des Danaïdes (process inadapté à de la collecte d’ampleur)…. constituant une gabegie et une exposition indécente de salariés(ées) à des gaz toxiques…..

    L’extrême urgence sanitaire nécessite de réduire à quasi zéro le taux de gaz H2S sur tout le territoire de la Martinique.

    La pose de barrages, seule solution pour réduire à zéro la pollution H2S dans la plupart des sites impactés, doit impérativement être accompagnée de collecte au vent des barrages et d’une veille sanitaire et technique capable de réagir 7 jours sur 7.

    Des barrages sans collecte et entretien sont un ECHEC.

    Les martiniquais attendent un troisième plan sargasses à la hauteur de la catastrophe sanitaire, environnementale, sociale et économique vécue jour après jour.

    MOB, une habitante en souffrance et exaspérée, le 5 juin 2026

     

     

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