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    Home » Souveraineté alimentaire : et si la Martinique en faisait un projet de société ?
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    Souveraineté alimentaire : et si la Martinique en faisait un projet de société ?

    août 8, 2026Aucun commentaire
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    Produire davantage de fruits et légumes, développer l’aquaculture ou remettre des terres en culture ne suffira pas à transformer durablement le système alimentaire martiniquais. Derrière la souveraineté alimentaire se dessine une question beaucoup plus large : quel modèle de développement voulons-nous construire ? Agriculture, emploi, santé, formation, innovation, environnement et coopération caribéenne peuvent se rejoindre autour d’un même objectif – produire davantage de valeur sur le territoire tout en réduisant certaines dépendances.

    Sortir la souveraineté alimentaire du seul débat agricole

    Lorsque l’on parle de souveraineté alimentaire, le débat revient presque immédiatement aux agriculteurs.

    Combien sont-ils ? Combien d’hectares cultivent-ils ? Que produisent-ils ? Quelles aides reçoivent-ils ?

    Ces questions sont indispensables. Mais elles ne suffisent plus.

    Car l’alimentation concerne toute l’économie. Derrière un produit agricole se trouvent le foncier, l’eau, l’énergie, le transport, la transformation, le commerce, la restauration, la recherche, la formation et finalement la santé.

    Une politique alimentaire ambitieuse touche donc pratiquement toutes les dimensions du développement territorial.

    C’est peut-être le principal changement de perspective proposé par le Cahier de réflexion de l’Atelier du Chef Mika : considérer la souveraineté alimentaire non comme une politique sectorielle supplémentaire, mais comme un projet capable d’organiser plusieurs politiques publiques autour d’un même objectif.

    Produire davantage de valeur en Martinique

    La dépendance alimentaire représente d’abord une fuite de valeur.

    Chaque produit pouvant être raisonnablement produit ou transformé en Martinique mais acheté à l’extérieur correspond à une partie de la dépense des ménages qui quitte le territoire.

    Il serait évidemment irréaliste – et économiquement peu souhaitable – de vouloir tout produire localement. Aucun territoire moderne ne fonctionne en autarcie.

    La souveraineté alimentaire ne signifie d’ailleurs pas la disparition des échanges.

    La véritable question consiste à déterminer ce qu’il est pertinent de produire localement et ce qu’il restera plus efficace d’importer.

    Fruits, légumes, tubercules, certaines protéines animales, produits de la mer et préparations agroalimentaires offrent des possibilités différentes. Toutes ne présentent pas le même potentiel économique ni les mêmes contraintes foncières.

    L’objectif doit donc être sélectif : produire ici ce que nous avons un avantage raisonnable à produire ici.

    L’agriculture peut redevenir une activité d’avenir

    Cette transformation pose immédiatement la question des femmes et des hommes qui produiront cette alimentation.

    Le vieillissement des exploitants constitue l’un des principaux défis agricoles de la Martinique. Seulement 9 % des chefs d’exploitation ont moins de 40 ans, selon les données reprises dans le Cahier de réflexion.

    La souveraineté alimentaire dépend donc directement du renouvellement générationnel.

    Mais attirer des jeunes vers l’agriculture suppose de changer l’image et les conditions économiques du métier.

    Une agriculture mal rémunérée, dépendante d’aides complexes et confrontée à des difficultés foncières permanentes attirera difficilement une nouvelle génération.

    À l’inverse, une agriculture associant technologie, transformation, circuits commerciaux organisés et revenus prévisibles peut redevenir une activité entrepreneuriale.

    L’agriculteur de demain ne sera d’ailleurs pas nécessairement seulement producteur. Il pourra être transformateur, vendeur direct, acteur touristique, producteur d’énergie ou gestionnaire de données agricoles.

    Une nouvelle génération d’entrepreneurs

    C’est là que la souveraineté alimentaire rejoint directement la question de l’entrepreneuriat martiniquais.

    Autour de l’agriculture peuvent se développer de nombreuses activités : transformation alimentaire, stockage frigorifique, logistique, restauration, conditionnement, emballages, logiciels agricoles, maintenance des équipements, aquaculture ou valorisation des déchets organiques.

    La ferme devient ainsi le premier maillon d’un écosystème économique beaucoup plus large.

    Cette approche permet également de sortir d’une vision dans laquelle le développement agricole dépendrait exclusivement des exploitations traditionnelles.

    Des ingénieurs, informaticiens, biologistes, cuisiniers, logisticiens ou entrepreneurs peuvent participer à cette économie alimentaire sans être eux-mêmes agriculteurs.

    La souveraineté alimentaire peut ainsi devenir une politique de création d’entreprises autant qu’une politique agricole.

    Le numérique entre dans les champs

    Cette évolution est déjà engagée dans de nombreuses régions agricoles du monde.

    Capteurs mesurant l’humidité des sols, outils de prévision météorologique, analyse des rendements, drones, plateformes de commercialisation, systèmes de traçabilité ou logiciels de gestion permettent d’améliorer progressivement la productivité.

    Dans un territoire où la terre agricole est rare, cette optimisation revêt une importance particulière.

    Il ne s’agit pas de produire toujours davantage à n’importe quel prix, mais d’utiliser plus efficacement les surfaces disponibles, l’eau et les intrants.

    L’intelligence artificielle pourrait notamment contribuer à anticiper certaines récoltes, rapprocher l’offre de la demande ou améliorer la gestion logistique.

    Elle ne remplacera ni l’agriculteur ni l’agronome.

    Mais elle peut permettre de réduire l’une des faiblesses traditionnelles des petites économies insulaires : le manque d’information permettant de coordonner précisément production et consommation.

    La Martinique n’est pas seule

    La souveraineté alimentaire ne signifie pas davantage que la Martinique doive se refermer sur elle-même.

    Au contraire.

    Son environnement caribéen peut devenir une source de coopération, de technologie et de complémentarité.

    Le Guyana occupe une place particulière dans la réflexion de l’Atelier du Chef Mika. Son autosuffisance alimentaire et ses investissements agricoles récents en font un cas intéressant à étudier.

    Mais la Martinique n’a ni sa superficie ni ses ressources foncières.

    Il ne s’agit donc pas de copier le Guyana.

    L’intérêt réside plutôt dans les échanges d’expérience : riziculture tropicale, aquaculture, gestion de l’eau, semences adaptées au climat, organisation des petits producteurs ou politique de diversification.

    Les programmes européens de coopération peuvent faciliter ce type de partenariats entre la Martinique et son environnement régional.

    La coopération caribéenne prend alors une dimension extrêmement concrète : apprendre des territoires qui rencontrent des contraintes comparables et construire avec eux certaines filières.

    Produire mieux face au changement climatique

    Toute stratégie alimentaire devra cependant intégrer une contrainte qui deviendra de plus en plus forte : le climat.

    Le Cahier de réflexion rappelle qu’en 2021 la Martinique a connu sa deuxième année la plus sèche depuis 1948, avec des précipitations inférieures d’environ 30 % à la normale.

    Il relève également que seule une faible proportion des cultures maraîchères est irriguée.

    La question de l’eau devient donc indissociable de celle de la souveraineté alimentaire.

    Produire davantage sans sécuriser l’irrigation exposerait les agriculteurs à des risques croissants.

    Le choix des variétés, l’agroforesterie, la récupération de l’eau, l’irrigation raisonnée et les techniques permettant de conserver l’humidité des sols devront progressivement devenir des composantes normales de la politique agricole.

    La souveraineté alimentaire ne pourra être durable que si elle est aussi une stratégie d’adaptation climatique.

    Agriculture et santé publique

    L’autre dimension est sanitaire.

    Une politique alimentaire ne doit pas uniquement chercher à augmenter la quantité de nourriture produite localement. Elle doit aussi améliorer sa qualité nutritionnelle.

    La Martinique connaît comme de nombreux territoires développés une forte présence de produits transformés dans les habitudes de consommation.

    Développer l’accès aux fruits, légumes, légumineuses et autres productions locales peut donc participer à une politique de prévention.

    Agriculture et santé publique poursuivent ici un objectif commun.

    Cette articulation est particulièrement importante dans la restauration scolaire, où la politique alimentaire peut simultanément soutenir les producteurs et contribuer à l’éducation nutritionnelle des enfants.

    Mesurer ce que l’on veut réellement atteindre

    Reste une difficulté essentielle : comment savoir si la Martinique progresse réellement ?

    L’objectif de 80 % proposé à l’horizon 2036 par le Cahier de réflexion constitue un horizon mobilisateur, mais il doit être accompagné d’indicateurs beaucoup plus précis.

    Le taux global de souveraineté alimentaire peut en effet masquer des situations très différentes selon les produits.

    Il serait plus utile de suivre régulièrement la couverture locale pour les fruits, légumes, tubercules, poissons, viandes, œufs ou autres productions stratégiques.

    À ces données devraient s’ajouter la surface agricole effectivement cultivée, le nombre d’installations de jeunes agriculteurs, la part des produits locaux dans la restauration collective, les capacités de transformation disponibles et l’évolution des importations.

    Une stratégie n’existe véritablement que lorsque ses résultats peuvent être mesurés.

    Faire de l’alimentation une politique de développement

    La souveraineté alimentaire ne réglera évidemment pas à elle seule les difficultés économiques de la Martinique.

    Elle ne supprimera pas les importations. Elle ne permettra pas de produire localement tous les aliments consommés. Elle ne transformera pas non plus en quelques années un système économique construit depuis des décennies.

    Mais elle possède une caractéristique rare : elle relie des problèmes habituellement traités séparément.

    Le foncier. L’agriculture. L’emploi. La formation. La transformation industrielle. La vie chère. La santé. L’environnement. L’innovation. La coopération caribéenne.

    Tous se rencontrent autour d’une question extrêmement simple : quelle part de ce que nous mangeons voulons-nous être capables de produire nous-mêmes ?

    Répondre sérieusement à cette question obligerait la Martinique à définir des priorités, à coordonner ses financements et à mesurer les résultats obtenus.

    La souveraineté alimentaire deviendrait alors beaucoup plus qu’un objectif agricole.

    Elle pourrait devenir l’un des laboratoires d’un nouveau développement martiniquais – davantage productif, davantage innovant et mieux ancré dans son territoire comme dans son environnement caribéen.

    Les données climatiques utilisées sont celles reprises par le cahier : 1 482,5 mm de précipitations en 2021, soit environ 30 % sous la normale, et seulement 5 % des cultures maraîchères irriguées. Cahier de réflexion de l’Atelier du Chef Mika_Mai 2026(1).pdf Le document développe également explicitement le potentiel du numérique et de l’IA pour la prévision des récoltes, la traçabilité et l’optimisation de l’irrigation. 

    Source principale : Cahier de réflexion de l’Atelier du Chef Mika, « De la dépendance à la souveraineté alimentaire : la Martinique face au défi du Guyana – Stratégie, leviers et feuille de route à horizon 2036 », mai 2026.

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