Avec 568 348 passagers et 234 escales pour la saison 2025-2026, la Martinique franchit un cap symbolique. Les acteurs du secteur parlent de montée en puissance, d’attractivité renforcée, voire d’un tournant structurel avec la perspective d’une activité désormais annualisée.
Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité bien moins reluisante : le tourisme de croisière constitue, en l’état, une économie de flux sans véritable création de richesse locale.
Le mirage des volumes
Le premier biais d’analyse tient à la confusion entre volume et richesse. Un croisiériste n’est pas un touriste de séjour. Là où ce dernier reste plusieurs jours, consomme dans l’économie locale et irrigue durablement les territoires, le passager de croisière ne fait que passer.
Sa dépense moyenne est faible, généralement comprise entre 30 et 80 euros. Même en retenant une hypothèse optimiste de 70 euros par personne, le total généré par les 568 000 passagers s’élèverait à environ 40 millions d’euros bruts.
Rapporté à l’économie martiniquaise, ce montant apparaît limité. Surtout, il est trompeur, car une part significative de cette dépense échappe au territoire. La croisière maximise les flux, pas la valeur.
Une économie de captation
Le modèle économique de la croisière est intégré verticalement. Les excursions, plus de 83 000 vendues cette saison, sont commercialisées à bord des navires. Les compagnies prélèvent une part substantielle des revenus.
Les passagers consomment majoritairement sur le navire ou dans des circuits standardisés. La dépense touristique est captée en amont et externalisée hors du territoire.
Une appropriation locale trompeuse
Le chiffre de 59,7 % de Martiniquais parmi les passagers en tête de ligne révèle une dynamique de consommation locale. On recycle de la richesse locale au lieu d’en créer.
Peu d’emplois, peu de valeur
La croisière génère peu d’emplois qualifiés. Les fonctions stratégiques sont localisées hors de la Martinique. L’économie locale capte l’activité, mais pas la chaîne de valeur.
Des coûts publics élevés
Les infrastructures, la sécurité et la logistique sont financées par la collectivité, tandis que les retours fiscaux restent limités.
Une pression croissante sur le territoire
L’augmentation des escales entraîne saturation, dégradation de l’expérience et tensions. La massification est incompatible avec la soutenabilité territoriale.
Une dépendance stratégique
Les décisions sont prises par les compagnies internationales. La Martinique devient une destination interchangeable.
Une fuite en avant sans réforme
L’augmentation prévue des escales ne s’accompagne pas d’une transformation du modèle économique.
La croisière est à l’économie martiniquaise ce que le transit de marchandises est au commerce : un passage, pas une création de valeur.La croisière crée peu de richesse locale, peu d’emplois qualifiés et renforce la dépendance extérieure.





